La fin de l’aménagement numérique des territoires

Numericus pivote. Pendant de longues années, ce blog a été consacré aux enjeux d’aménagement numérique des territoires. Déploiement du Très Haut Débit, Réseaux d’Initiatives Publiques ou encore, par exemple, patrimoine optique des Collectivités Territoriales, nous sommes de plus en plus nombreux à constater que ce type de levier n’est plus à la mesure des enjeux sociaux, climatiques, culturels et économiques à relever. Je suis même personnellement convaincu que ces projets relèvent d’un Internet du monde d’avant ; un Internet qui, à grand renfort de valorisation des données en publicités personnalisées, tente de maintenir un modèle économique que la planète ne peut plus supporter.

J’ai cru, une fois encore, que l’on pouvait réussir de l’intérieur à faire évoluer les stratégies des opérateurs de Délégations de Services Publics optiques. Je les connais assez bien ; nombre de leurs dirigeants sont des amis. On pourrait presque dire que j’ai grandi avec plusieurs d’entre eux.  Mes premières tentatives pour leur suggérer d’enrichir leurs projets vers plus de services à valeur ajoutée et vers d’autres modèles plus micro remontent à 2008 ; les dernières à quelques mois. Malgré la qualité de mes contacts dans ces groupes, soit filiales de BTP, soit indépendants, je ne crois plus à ce scénario. Leurs enjeux capitalistiques et les pressions de leurs actionnaires sont trop forts. Les acteurs de l’aménagement numérique des territoires ont perdu de leur vitalité ; ils se bornent à déployer des infrastructures optiques dont la grande majorité de la bande passante est exploitée par des réseaux sociaux et des plateformes de streaming. La transition numérique à valeur ajoutée française et européenne ne viendra pas de ce côté-là. De ce point de vue-là, l’aménagement numérique des territoires est bien mort dans notre pays. J’espère sincèrement me tromper.

Dans une Europe devenue numériquement marginale, ces constats font en tout cas de plus en plus consensus. Le temps de l’innocence numérique publique serait-elle enfin révolue ? Quelques premières pistes de réaction se dessinent : régulation des plateformes, Digital Service Act du futur règlement européen, révisions fiscales, lutte contre les harcèlements sur les réseaux sociaux, soutiens aux innovations à valeur ajoutée socio-écologique… Une dynamique nouvelle pourrait-elle émerger ?

Depuis plus d’un an, j’explore cette autre entrée : celle d’une convergence entre transitions numériques et transformations socio-écologiques. À date, le doute l’emporte encore. Le nombre d’ouvrages, d’articles et de rapports sur cette question a explosé. J’en ai lu beaucoup. Beaucoup redoutent une nouvelle tentative de greenwhing des vieux modèles. Comment ne pas partager leurs craintes ? D’autres esquissent un chemin enthousiasmant, celui d’un numérique repensé comme un moyen d’inventer un modèle plus soutenable. Mais ils butent encore sur le comment. Comment s’y prendre ? Est-ce même possible ? Qui peut être le ou les pilotes ? De quelles expériences peut-on s’inspirer ?

Entre doutes et pistes, le chemin reste donc à tracer. C’est à ce chantier que j’essaie désormais de contribuer. Numericus va donc reprendre ses publications pour tenter de mettre en discussion quelques cairns pour esquisser de possibles directions.

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