Coloque Internet Solidaire « Les dénumérisés du XXIè siècle »

Serge Pilicer, Président de RuraliTIC, nous rappelle la tenue, le 30 juin à l’Assemblée Nationale, de cette seconde édition de ce colloque consacrée à l’internet solidaire. Sujet ô combien d’actualité. Le programme est le suivant Lire la suite « Coloque Internet Solidaire « Les dénumérisés du XXIè siècle » »

Les mauvais calculs de l’Etat ?

Les revers de l’Etat français en matière de licence 4G, évoqués  notamment par Le Monde du 15 mars, résonnent en écho de la conclusion des précédents textes sur les enjeux de solidarité numérique et de mise en ouvre d’une solution de péréquation… Un écho qui sonne faux pour beaucoup et, notamment, pour le Conseil d’Etat semble-t-il. De quoi s’agit-il ? En substance, l’Etat français vient de subir un camouflet quant à ses choix en matière d’attribution des licences 4G. L’économie générale de la décision de l’Etat peut en effet surprendre.

Le gouvernement souhaiterait vendre à un prix élevé, au moins deux milliards d’euros selon Le Monde, les licences 4G aux opérateurs en ne leur imposant qu’une couverture minimale de 90 % du territoire national. L’Arcep au contraire estime que la couverture à 99 % du territoire est le critère essentiel dans l’attribution des licences. L’Autorité souhaiterait empêcher la création de nouvelles zones blanches.

Conséquence ? Les licences pourraient être vendues à des prix moins élevés. Ce qui ferait autant d’argent en moins pour l’Etat… Drôle de conception de l’intérêt général quand même qui consiste à monnayer les principes fondateurs de l’aménagement du territoire, le moins mauvais égal accès possible de tous et partout aux services, sur l’improbable hôtel de la recette court terme.  Si cette information se confirme, le drapeau de l’aménagement du territoire pourrait bien devoir mis en berne sur les frontons des préfectures. Faudra-t-il faire aussi sonner les trompes de l’abandon, avant même qu’il ne soit examiné, de tout projet de solidarité numérique et de mise en œuvre d’une éventuelle solution de péréquation ?

Comment financer le Fonds d’Aménagement Numérique du Territoire ?

Au détour des lectures, ce graphique du n°247 de Challenges m’a sauté aux yeux. L’article intitulé « Pour l’Etat, voici ce qui légitime sa ponction sur les télécoms » est illustré d’une courbe que je me risque à reproduire ici.  Elle met en relation l’évolution des revenus des opérateurs et le montant de leurs investissements. Le texte signale que « le montant des investissements en télécommunications réalisés par les opérateurs en 2009 atteint 5,9 milliards d’euros » selon l’Arcep, « soit une baisse de 9,6% par rapport à 2008. La figure montre clairement à quel point désormais les opérateurs privés de notre pays sont dans une phase que l’on pourrait qualifier d’intense exploitation de la mine du cuivre et de l’ADSL.  A quel point également, à cette heure, les investissements d’avenir n’ont jamais aussi bien portés leurs noms… Ils restent à lancer ! Lire la suite « Comment financer le Fonds d’Aménagement Numérique du Territoire ? »

La France l’a fait pour l’électricité voici un siècle… Pourquoi elle n’inventerait pas la solidarité numérique du XXIème siècle ?

L’absence de solution de péréquation constitue aujourd’hui l’un des obstacles majeurs qui freine ou empêche l’aménagement numérique très haut débit de notre pays. La France ne dispose pas en effet de système de solidarité numérique et cette absence participe du retard que nous prenons pour lancer, après l’eau ou l’électricité, la prochaine grande révolution en matière de services d’intérêt public : les réseaux très haut débit.  On nous parle politique nationale mais pas de son financement. On lance quelques expérimentations THD, mais on ne sait pas ce qu’elles sont susceptibles de nous apprendre. A inventer des techniques de déploiement ? A 99% nous les connaissons. A estimer les coûts de déploiement en zones peu denses par exemple ? On n’a pas attendu l’Etat pour les approcher. A cerner les obstacles juridiques ? On sait bien que le principal d’entre eux est à chercher dans les possibilités d’utiliser ou pas les fourreaux existants de l’opérateur historique. Alors ? A quoi donc ? J’avoue mon ignorance. Mais promis je cherche.

Cette situation est-elle bien raisonnable pour un pays aussi avancé que le notre ? Un pays qui se targue à juste titre d’avoir inventé plusieurs champions mondiaux dans les domaines de l’énergie, de l’eau ou de l’environnement. Remarquons d’ailleurs que ces champions ont été placés sur orbite grâce le plus souvent à des initiatives et des décisions publiques visionnaires. Comme quoi la Lune n’est pas incompatible avec l’action publique…

Dans la période actuelle d’incertitude numérique, il est parfois bon de revenir aux sources et de revisiter rapidement l’histoire. C’est ainsi qu’au détour d’un interview avec Patrick CHAIZE, directeur du syndicat intercommunal d’énergie et de e-communication de l’Ain avec lequel nous parlions très haut débit rural, nous sommes revenus sur le XXè siècle. Car, ce vieux siècle a été celui de l’invention de plusieurs solutions de péréquation qui ont fait leur preuve. Patrick CHAIZE nous rapelle ainsi comment ce qui semble aujourd’hui impossible pour la fibre optique l’a été pour l’électricité.

Les mauvaises langues pourraient donc penser que nous régressons faute de ne pouvoir faire au moins aussi bien que nos aïeux. Je ne crois pas. Je pense plutôt que nous n’avons pas encore réussi à faire comprendre l’importance de ce qui est en jeu dans cette nouvelle économie numérique. Je crois aussi que la force des lobbies du cuivre a réussi à ralentir le mouvement dans l’attente de l’épuisement de sa mine. Je pense sincèrement que les trois grands opérateurs font fausse route et je regrette qu’aucun free opérateur n’existe plus désormais pour bousculer leur jeu monopolistique.

De ce tout petit blog de télétravailleur, universitaire, rural, que des défauts donc, je le dis sans détour. Il faut s’organiser, il faut râler,  il faut expérimenter, il faut expliquer… Lançons l’appel du 18 janvier pour inventer les terroirs numériques très haut débit…

Note : Patrick CHAIZE est le directeur du Syndicat Intercommunal d’énergie et de e-communication de l’Ain, un syndicat qui a lancé des opérations particulièrement innovantes en matière de très haut débit rural. Un second reportage proposera rapidement les meilleurs passages de notre entretien avec Patrick.