« Gardons des offres de prises activées » Fabrice Ballart DG Altitude Infrastructure

A l’occasion de la fête du Très Haut Débit de Mortain, le 30 juin 2011, Fabrice Ballart, Directeur Général d’Altitude Infrastructure, a plaidé pour les solutions de mix technologie. S’il estime qu’à terme l’objectif est, sans contestation possible, d’amener une paire de fibre chez tout le monde, il défend un principe de réalité qui amène à privilégier aujourd’hui la bonne technologie aux bons endroits. Cuivre, Wifi, Wimax, Satellite, Optique… Fabrice explique sa position à la lumière de l’expérience de son groupe. Pour rappel, Altitude Infrastructure est un acteur spécialisé dans les Réseaux d’Initiative Publique (RIP). La société est délégataire de 7 RIP qui représente environ 220 millions d’euros d’investissements, dont 70 mobilisés en propre par Altitude Infrastructure.

Dans son exposé, Fabrice a également défendu un principe de décentralisation des décisions. Il milite pour que les collectivités gardent le leadership des opérations de construction des boucles locales, au moins passives. Idéalement, nous sommes nombreux à penser que ces RIP devraient pouvoir aussi s’appuyer sur un réseau national de collecte contrôlé, directement ou pas, par l’Etat.

A Aumont-Aubrac, le recours aux fourreaux FT et aux appuis aériens ERDF s’est bien passé.

Fabrice a également évoqué un des 7 projets Ftth rural actuellement en phase de test. A Aumont-Aubrac, réseau construit par Altitude, le chantier se développe rapidement. Le premier réseau  pilote de 600 prises est terminé. A noter que sa construction a fait largement appel, sans problème majeur, à l’utilisation des fourreaux de FT et aux appuis aériens d’ERDF. Le recours au génie civil spécifique a été limité. Le budget du projet ressort ainsi à 1200 euros par prise.

Plaidoyer pour des offres, aussi, de prises allumées. Enfin !

Dernier point, pour moi le plus important, Fabrice a enfin plaidé pour le soutien au développement des nouveaux usages. Pour cela, il milite pour que l’on stimule le marché via des offres de prises activées. Pour des opérateurs alternatifs y compris hors du monde des télécom, ces solutions offrent en effet la possibilité technique et financière de tenter d’autres solutions services. C’est un point capital qui reste étrangement peu débattu alors que les discussions font rage sur la maîtrise d’ouvrage de réseaux passifs. Etrange…

Je reste étonné de voir des opérateurs alternatifs en rester à la duplication de modèles triple play dans lesquels, en regard des grands opérateurs, leurs positions sont et seront sans doute fragiles. Offre TV de moins bonne qualité, offre voix parfois réduite, où sont les différences positives ? Bien entendu, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à opérationnaliser. Dix ans de galère dans ce domaine m’ont largement permis d’en prendre conscience. Mais pourquoi tant de silence encore sur ces enjeux ? J’ai un peu de mal à comprendre en quoi un patrimoine réseau passif produit de la différenciation en termes de services et d’innovation. Cet enjeu paraît pourtant capital. Pour nombre d’acteurs, il conditionnera même la position de notre pays dans la socio-économie mondiale du THD émergente. Fabrice a été l’un des seuls conférenciers, avec Benoît Felten et plusieurs des intervenants dans la salle, à le rappeler. J. Coutant en est resté aux métiers de l’ARCEP mais a esquissé ici et là quelques allusions à ce sujet.

Plus que des projets pilotes infrastructures Ftth, et si les pouvoirs publics soutenaient plutôt un réseau THD dédié innovations services ?

A quand donc un forum sur comment construire des RIP THD qui encouragent les innovations services ? Et soyons même fous, à quand un réseau neutre expérimental dédié aux innovations services et défendus par les acteurs du THD ? Cela me rappelle quelques souvenirs d’un temps pas si lointain, 2007 et 2008, où l’on montait les rendez-vous du très haut débit de Pau à Paris. A l’époque, on nous disait, sans doute à juste titre, c’est trop tôt, pas assez de prises, l’ADSL est roi… Cinq ans après, est-ce encore trop tôt ? Faudra-t-il attendre le « facebook THD » venu d’ailleurs pour se dire, tiens, on aurait dû y penser et mobiliser une plate-forme publique ouverte à l’invention à très haut débit ? S’il se monte une (vraie) Université augmentée, j’en suis ! En attendant, écoutez Fabrice.

8 commentaires sur « « Gardons des offres de prises activées » Fabrice Ballart DG Altitude Infrastructure »

  1. pauvre Fabrice il a la tête toute allongée 😉 ça ne prend pas longtemps de bien redimensionner pourtant 😉

  2. 1/ Je trouve intéressante la position de principe sur le mix des techniques et les techniques d’attente.

    2/ Le schéma « aménagement du territoire » proposé par Fabrice BALLART devrait devenir une évidence et les manettes passer aux acteurs locaux.

    3/ Une nouvelle fois le débat pollué sur le « modèle économique » me fait trembler.

    4/ La prise à 1200 € (pour 20 mètres de FO en moyenne) me pose une grosse question : ce coût devrait inciter tous les maires à faire le tour et à se taire sur leurs projets.

  3. @Bernard : concernant le business model, il faut retenir les propos de Fabrice : sans la subvention publique, pas de FTTH à Aumont-Aubrac. TOUT est là. Tant que l’on arrivera pas à accoler les réseaux d’accès THD à des usages autres que le TriplePlay, on en sortira pas.

  4. @ Marc,

    Tout à faît d’accord ; mais dans ce cas tout le monde s’arrête de parler de business model et s’accorde pour délimiter entre biens publics et biens privés.

    Il me paraît tout à fait de mauvaise gouvernance d’abonder le Fonds d’Aménagement Num sans définir, au préalable, les droits numériques des citoyens (cf le débat aux EU sur le sujet).

  5. @ Bernard : 100% d’accord. Le préalable à toute discussion doit être celui-là : la définition des biens appartenant au Public et ceux appartenant au Privé.

    Sachant que dans le cas du FTTH proprement dit, je suis, moi citoyen, à la fois propriétaire unique de tout ce qui sera construit chez moi (c’est à dire dans le domaine privé), et co-propriétaire du réseau d’accès construit par la Collectivité – ou mieux, par le Collectif cher à notre Zablo national.

    Peut-être même que je suis aussi, quelque part, co-propriétaire des fourreaux FT, comme je l’étais un peu de ces startups issues du CNET Lannion à la belle époque de la Bulle Internet…

  6. Les biens communs (ceux que tout le monde peut s’approprier sans léser personne comme la connaissance ou la lumière du soleil) viennent encore compliquer le système. C’est le truc sur lequel nous travaillons, chacun de notre coté, avec Olivier : en pratique sur la puissance de la sous-boucle locale.

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