Trés haut débit. Pour René Trégouët, le rural ne doit plus attendre et se prendre tout de suite en main !

Pour René TRÉGOUËT, le constat est clair : les Collectivités Territoriales et les acteurs du monde rural ne doivent plus attendre quelque signe que ce soit en matière de très haut débit. Il faut lancer, dés 2012, des actions de proximité pour déployer des fourreaux capables d’amener de la fibre optique dans quasiment toutes les fermes de France. René TRÉGOUËT estime, à juste titre, que cela peut se faire simplement et sans efforts budgétaires démesurés. Explications.

Au Pied des sapins de Noël, le père du même nom dispose parfois des cadeaux inattendus. Ainsi, en cette soirée du 16 décembre dans une nuit de neige au cœur des monts du Lyonnais, l’une des surprises a pris la forme d’une discussion passionnante avec René TRÉGOUËT, l’un des tous premiers ayant concrètement agit en matière d’aménagement numérique des territoires ruraux. Pour lui, il ne faut plus attendre car la situation du monde rural en matière d’aménagement numérique ne le permet pas. Fracture numérique grandissante, urgences côté services, immenses défis en matière de maintien à domicile des personnes âgées, accueil ou maintien de populations, nouveaux emplois, les indicateurs vont virer au rouge ; ils imposent d’agir.

Le monde rural doit donc se prendre immédiatement en charge via, notamment, des délibérations convergentes de toutes les Collectivités Territoriales afin de déployer des fourreaux à même de lancer une vaste campagne de fibrage de tous les bourgs, villages, maisons et fermes. Pour René TRÉGOUËT, une telle décision permettrait en moins d’une douzaine d’années, sans aide de l’Etat ou de l’Europe, de raccorder au très haut débit l’immense majorité des ruraux. C’est d’ailleurs la stratégie adoptée déjà par plusieurs communes, par exemple à Morcenx dans les Landes dont nous parlions ici ou encore par le SIEA dans l’Ain.

En parallèle, cet ancien Sénateur UMP, longtemps élu local et créateur d’une lettre hebdomadaire d’informations scientifiques et technologiques, RTflash, plaide pour le lancement d’un chantier Innovations services. Service à la personne, E-éducation, santé, e-commerce, pour lui, nulle part ailleurs dans le monde rural, un tel chantier ne se justifie davantage.

Quinze minutes d’interviews pour convaincre ceux qui le sont pas encore de la pertinence des projets Très Haut Débit ruraux.

9 commentaires sur « Trés haut débit. Pour René Trégouët, le rural ne doit plus attendre et se prendre tout de suite en main ! »

  1. Il me paraît extraordinaire que ce type de solutions (il y a en a des dizaines plus ou moins possibles) n’aient pas prospéré dans notre aimable république.

  2. Sans doute n’ont-elles pas prospéré parce que nous n’avions pas encore reçu le «bilan des projets pilotes de fibre optique dans les zones les moins denses du territoire…» 😉

    En particulier le point 7 qui me fait particulièrement sourire : «Les raccordements devraient être établis plutôt à la demande qu’a priori».

    Personne n’est économiquement (les opérateurs) ou politiquement (les élus) en position sociale et mentale d’assumer le choix politique que j’ai retrouvé entre les lignes ce matin dans un papier de Jacques Chatignoux : Les citoyens entreprenants ont la main numérique

    Le jour où une organisation nationale ad hoc saura afficher de manière structurée les « intentions » des propriétaires au quatre coins du pays, ça va tout changer du rapport de force. Il suffit que cet affichage soit porté par 0,01% des propriétaires français également répartis à travers l’Hexagone et l’image deviendra nette et irréversible.

    Le challenge n’est pas inaccessible et les sceptiques finiront par le comprendre.

  3. Très intéressante interview.

    Pourtant, j’y remarque deux points qui me chagrinent:
    * Poser les fourreaux, c’est BIEN. Mais *à l’heure actuelle*, ça implique que ce soit des entreprises spécialisés qui interviennent pour y placer les fibres & faire les raccordement. Ces entreprises sont aujourd’hui rare et se font payer à prix d’or – Est-ce cela qu’on veux ?
    A mon sens, si fourreau il y a, il faut aussi faciliter leur accès pour des structures plus légères, *ou bien* que la mairie, via les cantonniers municipaux, puisse prendre en charge ces opérations.
    Il ne faut pas imaginer que les opérateurs nationaux viendront inonder de fibres des fourreaux communaux… Eux ne raisonnent qu’en terme de dizaines de milliers d’abonnés. Bien sur des FAI plus petits pourront s’y coller, mais même Wibox a des coûts fixes à couvrir pour une zone donnée.

    * Ca ne dis rien de la « topologie » de réseau retenue.
    On veux des services de proximité, OK, mais si chaque fibre remonte au NRO situé à 20 ou 30 Km de là, et que les NRO, comme actuellement, sont des « boites noires » dans lesquels seuls les « opérateurs accrédités par FT » sont autorisés à rentrer, alors il n’y aura pas de services de proximité supplémentaires.
    La vrai innovation dans ce domaine serait de créer un centre actif (ie. NRO) et *ouvert aux opérateurs de tout poil*, y compris tout petits et locaux, dans le centre du village, ou sur une communauté de commune. Ces centres étant, ensuite, reliés entre eux selon un schéma en toile d’araignée. C’est le schéma le plus intéressant, le problème majeur que j’y vois est qu’il faut des compétences pour gérer les problèmes dans ces « micro-NRO » actifs. Le prix du matériel reste relativement réduit (Petits réseaux, petits problèmes).
    Comme alternative à ce modèle on peux aussi forcer l’ouverture des NRO, pour en faire des GIX en particulier – chose qui est aujourd’hui complètement interdite en France.

    Je sais je suis encore obnubilé par la partie technique… 🙂
    Néanmoins ça me parait important de ne pas partir dans de grandes envolées qui, *en pratique* sur le terrain sont caduques car le schéma de développement choisi en haut lieu nie toutes ces idées innovantes.
    Or a l’heure actuelle, le schéma choisi par l’ARCEP c’est de reproduire un réseau optique exactement sur le modèle du réseau cuivre – La belle affaire…

    On a une chance énorme de pouvoir, au moins dans les zones rurales de créer un véritable Inter-Net. N’en faisons pas une copie d’un réseau Minitel !

    Dernière chose, question à « zablo » qui a étudié la chose: En pratique, comment on démarre ? Le vois-tu plutôt comme les opérateurs et l’ARCEP, avec une « densification » de la collecte optique qui terminera, un jour, en FTTH après une longue phase de « Montée en Débit Cuivre » (et qui garantira encore 9€/mois à l’opérateur historique et ses actionnaires pendant 10 ans…) ? Ou l’on part « à l’envers » en essayant de fibrer localement même en collectant à l’arrache en ADSL et en essayant de trouver des solutions de collecte après-coup ?
    René TRÉGOUËT pense qu’il faut que tout parte des maires – je suis d’accord lorsque le maire est intéressé par le sujet, ce qui n’est pas le cas de 99% d’entre eux en zone rurale. Mais les habitants intéressés doivent aussi mettre la main à la pâte, et malheureusement au portefeuille aussi (ne serais-ce que via un abonnement mensuel). A voir aussi les possibilités de financement publique, mais là je reste plus circonspect – Les politiques, à raison, seront plus réticents à engager des fonds dans un projet hors norme qu’on pourrait leur reprocher plus tard.

  4. (Obinou : méfie toi des toiles d’araignée, il y a toujours une araignée piégeuse pas très loin qui l’a déployée : cf le web.)

    Nous sommes dans une situation de blocage politique actif : il est incompréhensible qu’aucune des 36 000 communes de France et de Navarre (c’est pour Jean-Pierre) n’ait trouvé un moyen de détourner les trucs pervers de FT et de l’ARCEP au moyen des compétences que leur confie la loi et de toutes les techniques aujourd’hui disponibles.

    (cf le Rapport annuel sur l’état de la France en 2011 du Conseil Économique et Social (il vient de sortir) : (1) blocage de l’État et des grosses boites issues du secteur public ; (2) secteur privé complétement obnubilé par la recherche de bénéfices ; (3) opinion publique complétement dégoutée par ses politiques et les idées censées gouverner la France ; (4) la seule partie dynamique de la société est la société civile, individu par individu, mais à la recherche d’un mode de travailler ensemble et d’égalité réelle.)

    Le schéma d’Olivier est applicable à n’importe quelle institution permise par la loi ; les statuts les plus à l’abri du contrôle de l’État et des monopoles me paraissent SARL, SA et surtout SAS pour les propriétaires : mais ils paraissent de l’ordre du « marteau pilon pour écraser un mouche » pour des entreprises dont le chiffre d’affaires annuel objectif (afin de remplir sa fonction) doit être compris entre mille et trois mille euros (avec les données économiques qui ont cours maintenant).

  5. En pratique, Obinou, je vais être un peu long pour te répondre…

    Je vais d’abord reprendre une observation relevée chez Chatignoux : L’enjeu n’est pas la technique… mais bien la façon de coopérer et la citation qui va avec : « Ce qui est rare à présent, ce n’est pas le capital, l’accès au marché, les compétences ou les technologies. Ce qui ne peut s’acheter, ce sont les relations entre ces facteurs, la façon de coopérer » (La logique de l’informel – A la découverte des jeux de pouvoirs dans l’entreprise » par Gérald Pavy).

    Cela étant souligné, oui, on part à l’envers et sans aucun doute, mais pas seulement. Pour autant on n’y va pas à l’arrache, bien au contraire 😉

    Avant de préciser les choix techniques il me semble qu’il y a un choix politique à faire. Il n’est pas possible de se contenter d’imaginer simplement faire du dernier mètre le premier mètre soit exactement la même chose mais à l’envers 😦

    Accordons-nous d’abord sur ce que nous voulons impulser. Personnellement je vois la sous-boucle locale de nouvelle génération comme un réseau IP indépendant à usage partagé à très haut débit, autoplanifié et/ou autoproduit et/ou administré par ses usagers réunis en groupe fermé d’utilisateurs (GFU).

    Au passage, soulignons que l’expression « groupe fermé » ne doit pas nous induire en erreur. Rappelons que cela désigne simplement une communauté d’intérêt suffisamment stable pour être identifiée et préexistante à la fourniture du service de télécommunications, en vue d’échanger des communications internes au sein d’un même groupe. Cela n’exclut en rien un accès à l’Internet libre, ouvert, neutre et symétrique, etc. Juridiquement, c’est bordé et même au-delà de ce que peuvent imaginer ceux qui croient savoir.

    Si nous sommes d’accord sur ce principe fondateur alors il y a matière à coopérer à cette échelle et de nombreux facteurs à mettre en relation.

    Prenons des GFUs représentant en moyenne 360 biens à interconnecter (un village ou un quartier) sachant que rien n’oblige vraiment à choisir une échelle déterminée a priori ; c’est juste un exemple. Il n’y a pas un seul recoin de ce pays où les compétences nécessaires pour une éventuelle mise en œuvre ne soient présentes parmi les utilisateurs potentiels. Pour le dire vite : un notaire, un topographe, un chargé d’études techniques, un installateur-électricien, un administrateur-réseau, un intégrateur d’applications, et un prestataire de services immobiliers. 7/360ème, autrement dit moins de 2% de la cible. Je parle bien d’autoproduction.

    Si le slogan en théorie c’est tous opérateurs ! au sein d’une même organisation maître d’ouvrage, dans la pratique c’est 2% de pro’actifs à la mise en œuvre pour 98% de consom’acteurs… mais ce n’est pas gênant : le travail des pro’actifs sera rétribué par l’ensemble de ceux qui resteront en position de consom’acteurs, par contre ils seront tous égaux politiquement au sein de l’organisation. Les pro’actifs en tirent une rétribution et les consom’acteurs en tirent des commodités. C’est la vie normale, une place de marché locale comme les autres en somme.

    Que nous manque-t-il alors pour provoquer localement la mobilisation nécessaire à la mise en œuvre d’une telle stratégie ? Rien d’autre qu’un Système d’Information Géographique permettant la collecte en ligne des intentions des habitants et donnant matière à la composition d’un schéma d’ingénierie évolutif basé sur la demande en étant particulièrement inventif sur la manière de phaser la mise en œuvre en quasi temps réel grâce à un marketing de proximité faisant partie intégrante du chantier… Ouf 🙂

    En disant cela je ne fais finalement que me conformer au point 7 du bilan des projets pilotes de fibre optique dans les zones les moins denses du territoire : Les raccordements devraient être établis plutôt à la demande qu’a priori.

    La production du Système d’Information Géographique que j’évoque n’est certes pas à l’échelle d’un seul GFU de ce type par contre elle est relativement facilement mutualisable par une organisation nationale de propriétaires pour ne représenter, in fine, qu’une charge marginale localement. C’est bien le projet ULIX que je défends : une organisation nationale ad hoc capable d’afficher de manière structurée les “intentions” des consom’acteurs aux quatre coins du pays pour leur permettre de se reconnaître et d’accéder localement à la phase pré-opérationnelle : la réalisation du schéma d’ingénierie, le scénario partagé en somme.

    Il y a là de quoi faire bouger les Lignes Maginot dressées par les opérateurs et les collectivités pour des raisons différentes mais dans une sorte de complicité objective quand aux effets produits. L’irruption du Tiers-Etat dans n’importe quel jeu oblige toujours à rebattre les cartes 😉

    Aujourd’hui, côté ULIX, nous ne sommes pas encore parvenu à mobiliser tous les moyens nécessaires pour le mise en œuvre de ce Système d’Information Géographique mais nous n’en sommes plus très loin… Alors, pour la pratique, rendez-vous en 2012 !

  6. Usant de mon autorité de géographe systémicien et géopoète, j’irais un poil plus loin qu’Olivier : nous sommes à la recherche de systèmes d’exploitation de la sous-boucle locale (comme la définit Olivier, pourquoi pas) qui tiennent compte de la singularité locale. Un SIG adapté y participe mais n’est pas suffisant.

    Le terrains d’expérimentation existe : ce sont les intranet d’entreprises. Ils fonctionnent mais sont extrêmement pauvres (sauf cas particulier) en objectifs, en mises en oeuvre du capital social des acteurs, en convergence des stratégies individuelles.

  7. Je te suis, Bernard, et d’ailleurs le cahier des charges du SIG dont je parle prévoit de l’intégrer à la plateforme collaborative distribuée sur laquelle nous travaillons.

    C’est beaucoup de boulot pour rendre tout cela fluide mais ce n’est pas hors de portée (y compris financièrement). Collecter les intentions c’est beaucoup plus que simplement renseigner une GoogleMap, ça se joue en amont. Si le SIG en permet l’affichage, il est en somme le baromètre des échanges qui ne peuvent se jouer que dans le backoffice ; l’intranet dont tu parles en somme.

  8. Il me semble nécessaire de réussir l’imbrication de la sous-boucle locale avec l’ensemble des réseaux sociaux de voisinage (y compris les réseaux physiques qui les structurent) : sinon, cela devient peu robuste, difficile à gouverner, à s’autocontrôler,

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