Les impacts du Numérique à Très Haut Débit sur les Territoires et leur développement ?

Comment le très haut débit va-t-il demain transformer nos espaces du quotidien ? Comment qualifier nos vies à très haut débit de demain pour prendre aujourd’hui les bonnes décisions ? Tel est le sens d’un chantier de prospective numérique lancée par la DATAR. Nous l’abordons dans Numericuss à travers quelques-unes des contributions universitaires que nous avons proposées dans le cadre de ce groupe de réflexions.

 La Datar, sous l’impulsion notamment de son pôle Aménagement Numérique des Territoires,  a lancé l’an dernier un groupe de réflexion sur « Territoire et numérique ». L’objectif consiste à « réaliser une étude sur le thème Impacts du Numérique à Très Haut Débit sur les Territoires et leur développement. Ce travail doit être utile à la production de politiques publiques permettant de renforcer le développement des territoires via la connaissance de la relation interactive existant entre les territoires et les technologies de l’information et de la communication. »

Politiques publiques, Très haut débit, relations interactives, renforcement des solutions de développement territorial (…),ces mots résonnent comme autant de pierres blanches pour baliser le chemin de mes modestes expériences depuis plus d’une dizaine d’années. Ayant fait le choix méthodologique d’un chantier universitaire nourri par des situations d’expérimentation, l’étude DATAR sonne en effet d’une musique particulièrement douce à mes oreilles.  Elle offre la possibilité d’échapper aux approches trop technicistes ou financières, celles qui dominent encore à ce jour dans les débats sur le très haut débit, pour en revenir à l’essence de la technique, ce qu’elle permet et ce qu’elle dévoile de nos fonctionnements sociaux. Passionnantes et finalement rares perspectives qu’il convient de saluer. Aussi, lorsque Marc m’a récemment sollicité pour intégrer ce groupe, j’ai sauté sur l’occasion. Sans doute pensait-il que ma modeste expérience métissée dans une drôle de valse à plusieurs temps, un temps ONG, un temps banque mondiale et consultant, un temps collectivités territoriales, un temps université, pouvait « être utile ».

Farouche défenseur du travail collaboratif et de l’économie de l’échanges propres au web, je voudrai donc prolonger sur Numericuss une partie de mes réflexions et essais. L’objectif est de les mettre en discussion, ici ou ailleurs, pour avancer dans ce long chemin de l’invention de la socio-économie numérique de demain matin. Je proposerai donc plusieurs papiers sur ces sujets. Dans un premier article, il m’a  semblé tout d’abord utile de rappeler la dimension politique inhérente au web, une dimension qui me semble à ce jour assez largement sous-exploitée. Explication.

Le numérique, une dimension de l’espace public sous-exploitée ?

Compétitivité, attractivité, services, emplois, le numérique se présente comme un levier qui agit, positivement ou pas, sur quasiment tous les autres domaines. Dans l’optique de l’étude Datar, il nous a donc semblé utile de revenir sur l’une des dimensions au principe des interventions numériques territoriales, une dimension relativement peu abordée, tout au moins en regard de la place accordée aux questions, elles aussi déterminantes, de déploiement des solutions réseaux. On discourt techniques, on débat règlements, on parle Schéma Directeur Infrastructures… N’oublierait-on pas pourtant que le réseau ne constitue qu’un moyen et que, pour les pouvoirs publics, le Web relève d’abord de la gestion de la cité ? Ne peut-on pas même considérer que les dimensions du numérique proposent une forme particulière d’espace public qui exige une attention particulière ? C’est cette dimension « politique » du Web, au sens de la gestion de la cité, que nous explorons aussi.

Le Web organise un ensemble de « lieux » de passage, de rassemblement et d’interactions sociales. Les potentialités du Web se révèlent d’ailleurs particulièrement fertiles pour inventer des formes de « proximité » étendues, interactives, augmentées, réinventées, voire instrumentalisées, qui se matérialisent par exemple dans les solutions qui composent une partie du web 2.0 et de l’Internet à venir. Cultiver le lien plus que le lieu, cette formule esquisse peut-être le sens des expérimentations et projets numériques animés ou étudiés à ce sujet depuis plusieurs années. Une finalité argumentée par un nombre important de contributions scientifiques et pratiques : celles de géographes, d’économistes, de chercheurs en sciences sociales tout d’abord, celles de praticiens du développement local ensuite. Tous constatent les limites d’une conception par trop figée du territoire. Tous confirment la complexité grandissante des problèmes que la territorialisation des politiques locales doit résoudre. Tous observent à quel point cette complexité va grandissante au fur et à mesure que nos sociétés s’engagent dans le tournant géographique que nous vivons depuis quelques décennies.

Réussir le tournant géographique avec le « numérique »

Les travaux de GOTMANN (1973) font à ce sujet figure de référence. L’analyse qu’en propose Georges PREVELAKIS (1996) montre l’évolution du rôle politique de l’espace géographique. « De la fin de l’Histoire de Fukuyama (1994), jusqu’à la fin des territoires de Badie (1995), en passant par la fin de la géographie d’O’Brien (1992), émerge la même préoccupation. Étant habitué à considérer l’État national et son territoire comme une réalité quasi naturelle, on se sent déstabilisé face à une évolution qui montre que l’association entre souveraineté et territoire n’est pas à l’abri des forces de transformation.» Notre contribution porte sur l’impact du Web dans ces transformations. Le Web annonce-t-il l’inexorable déclin de la métrique territoriale au sens de l’Etat ou des collectivités territoriales ? Marque-t-il plutôt une évolution des méthodes et des outils territoriaux ?

Le développement local, comme les formes de management territorial associées, semblent particulièrement exposés à ces changements. On rappellera à ce sujet la modernité des théories de H. ARENDT (1989) sur des formes de pouvoir ayant pour essence propre d’organiser l’action hors des seuls champs de la contrainte. On se remémorera également les réflexions d’ E. MORIN présentées dans La Nature de la Nature (1977). Pour lui, le problème crucial, « est celui du principe organisateur de la connaissance, (…) ce qui est vital aujourd’hui, ce n’est pas seulement d’apprendre, pas seulement de réapprendre, mais de réorganiser notre système mental pour réapprendre à apprendre… Ce qui apprend à apprendre, c’est cela la méthode. ». Pareille position s’avère d’ailleurs sous-jacente dans les sciences sociales depuis de nombreuses années. C. CHIVALLON, par exemple, l’esquisse dés 1994 : « … cette approche du territoire nous place au cœur du processus complexe par lequel l’espace est utilisé, travaillé, traité pour devenir un vecteur puissant de la socialisation ». D’un territoire tout en logiques de « limites » et en « domination», irait-on donc progressivement vers une conception spatialement moins rigide de ces espaces appropriés et organisés ? Travailler les limites puisque ce sont elles qui nous travaillent, cette formule de J. VIARD exprime sans doute à ce titre l’une des premières finalités des chantiers numériques du développement territorial.

Proximités étendues et intelligence territoriale

Fondamentalement, la finalité du développement local vise à créer ou à consolider des marges de manœuvres. Il s’agit bien de produire ce que F. PLASSARD (1997) nomme une qualité globale nouvelle, matérielle ou immatérielle, ce que S. WUHL (1996) définit comme un effet territoire ou que J. MENGIN (1989) décrit comme une capacité de négociation. Les politiques numériques territoriales participent-elles de ces objectifs? Sous quelles conditions ? Comment ? Dans un premier temps, il semble utile de rappeler quelques-unes des bases théoriques au principe de cette réflexion.

L’une des hypothèses au centre de nos travaux, une hypothèse notamment étudiée dans Territoires Apprenants (Jambes, 2001), postule que la capacité d’une organisation publique territoriale à « produire de l’action structurante» ne se détermine pas seulement au travers de ses décisions, de ses ressources budgétaires ou de la valeur de ses équipes mais aussi, et de plus en plus, par la qualité des liens qu’elle parvient à stimuler. Hier campée sur des conceptions territoriales relativement claires, l’action politique locale doit en effet désormais faire l’apprentissage de la fluidité spatiale, de la coopération et de la complexité. Les travaux sur l’intelligence collective, au sens de J. Levy (2000), proposent à ce titre une série de balises. Les principales caractéristiques de l’intelligence collective y sont résumées comme suit : décentralisation du savoir et des pouvoirs, autonomie des individus valorisés en tant que créateurs de sens, interactivité constante entre les individus et leur environnement, désagrégation des structures massives au profit d’entités autonomes, petites et conviviales, émergence d’une nouvelle convivialité et d’une nouvelle éthique… L’intelligence collective se définie schématiquement comme « une intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des connaissances. Le réseau, mieux que l’entreprise issue des forges tayloriennes, est le réceptacle organisationnel d’une intelligence mobilisatrice. Personne ne sait tout et tout le monde sait quelque chose » (Lévy, 2000).

D’évidence, il existe plus qu’une proximité entre les théories de l’intelligence collective, conceptualisées à la fin de la décennie 1990, et les outils numériques actuels, ceux par exemple du web 2.0. Cette proximité se matérialise d’ailleurs dans de nombreux services de proximité : site de covoiturage qui permet à tout un chacun de proposer au prêt le véhicule qu’il n’utilise pas, comme Buzzcar, service d’échanges de livres entre habitants, comme Sutton Bookshare, plateforme cherchant à encourager les relations de voisinage, comme Slivers of Time, réseaux sociaux locaux, comme Tyze… Les exemples abondent ; nous y reviendrons. Ils se développent d’ailleurs fréquemment en coopération avec les collectivités territoriales et préfigurent à ce titre d’une évolution sensible du rôle des organisations publiques territoriales qui consistent à produire de l’organisation. Nous y reviendrons dans un second papier à travers une tentative de modélisation de plate-forme de E-services de proximité.

Ce chantier a été qualifié par Pierre VELTZ dés 1996. Pour lui, le défi consiste « à qualifier différemment l’organisation spatiale et ses enjeux ». P. VELTZ estime que les priorités de l’action territoriale porteraient moins désormais « dans la maîtrise des coûts de distance que dans la mise en œuvre d’effets sociaux de coordination et de relation ». Pour B. PECQUEUR (1995), on passerait ainsi d’une «conception de l’économie comme mécanisme d’allocation des ressources conduisant à un équilibre, à une économie comme processus de construction des ressources par des stratégies humaines ». Nous sommes là sans doute au cœur de l’un des enjeux les plus structurants des politiques numériques locales.

Semblable corrélation entre intelligence collective, Web et développement local sous-tendrait l’émergence d’un paradigme que nous nommerons provisoirement « intelligence territoriale et proximités augmentées».  Il consiste à penser le territoire politique non plus comme un espace géographique strictement délimité, continu et contigu, mais comme une plate-forme d’organisations cognitives destinées à renforcer les capacités d’actions du plus grand nombre possible d’acteurs locaux (JAMBES, 2001). D’un point de vue théorique, ce paradigme de l’intelligence territoriale repose sur un postulat selon lequel, dans un environnement mondial de plus en plus instable, la gestion des connaissances s’impose comme « l’un des principaux carburants » (Audet, 2000) de la performance socio-économique et environnementale. WOODWARD (1967) le signalait déjà, il y a plusieurs années, lorsqu’il affirmait que ce n’est pas la structure qui détermine la performance, mais sa capacité à fonctionner de la bonne manière au bon moment. S’inspirant en cela des travaux de CHANDLER (1990) ou de PORTER (1986), l’intelligence territoriale, cherche donc à consolider ce que l’on pourrait nommer « l’agilité apprenante » des territoires.  Information, connaissance, capital immatériel, l’intelligence territoriale converge à ce titre avec les priorités européennes sur l’économie de la connaissance telles qu’explicitées dans la stratégie de Lisbonne.

Dans cette optique, l’intérêt des solutions web paraît incontestable. Elles offrent plusieurs des briques méthodologiques ou techniques qui faisaient encore récemment défaut pour permettre aux pouvoirs publics de participer efficacement de l’organisation et de la stimulation du capital connaissances des sociétés locales. Dans l’optique des échelles des territoires, le Web exprimerait donc potentiellement l’émergence d’une nouvelle dimension de l’action politique. Il incite à considérer l’espace public numérique, avec ses pratiques, ses outils, ses intérêts et ses défauts spécifiques, comme un volet prioritaire.

Le Web ce n’est donc pas la fin des territoires. Les solutions numériques représentent au contraire un des moyens de gouvernance de l’espace public et une forme de plus en plus efficace de production d’organisations de proximité. Cette perspective trouve dans le développement territorial, carrefour disciplinaire fondé justement sur la gestion des relations entre sociétés locales et espaces géographiques, l’une de ses expressions parmi les plus riches d’enseignements.

Bibliographie

ARENDT (H.), 1989, Du mensonge à la violence, Presses Pocket, Paris.

BADIE (B.), 1995, La fin des territoires, éd. Fayard, Paris.

CHANDLER (A.D.Jr),1990, Scale and Scope, Belkanp press, Cambridge USA.

CHIVALLON (C.), 1994, Crise des territoires ou nécessité d’une conceptualisation autre ?, communication in colloque « La fin des Territoires ? », Université de Pau et des Pays de l’Adour.

DELEUZE (G.), GUATTARI (F.), 1976, Rhizome, Editions de minuit, Paris

FUKUYAMA (1994), La fin de l’Histoire et le dernier des hommes, Flammarion, Paris.

GOTTMANN (J.), 1975, The evolution of the concept of territory, Social Science Information, Paris, XIV – ¾, pp. 29-47.

JAMBES (JP), 2001, Territoires apprenants. Esquisses pour le développement local du XXIè siècle, L’harmattan, Paris.

JAMBES (J.P), 2005, Le Lien plus que le lieu. Editions du SET

LÉVY (P.), 2000, World Philosophie, Odile Jacob, Paris.

MENGIN (J.), 1989, Guide du développement local et du développement social, L’harmattan, Paris.

MORIN (E.), 1981 (1ère éd. 1977), La méthode, 1. La nature de la nature, Seuil, Paris.

PECQUEUR (B.), 1995, La logique de proximité, Revue Sciences Humaines, Hors série n°8, pp. 43-44.

PLASSARD (F.), 1994, Territoires en prospective : quel nouveau contrat ville – campagne ? éd. Procivam-Adir, Paris.

PréVélakis (G.), 1996, La notion de territoire dans la pensée de Jean Gottmann, revue Géographie et cultures, n°20, pp. 81 – 92.

SENGE (P.), 1999, La Danse du Changement, First Editions, Paris.

VELTZ (P.), 1996, Mondialisation, villes et territoires, PUF, Paris.

WUHL (S.), 1996, Insertion : les politiques en crise, PUF, Paris.

15 thoughts on “Les impacts du Numérique à Très Haut Débit sur les Territoires et leur développement ?

  1. Merci à Jean-Pierre de cette synthèse qui confirme mes propres travaux et les faits avancer. A mon avis :

    1/ Il faut intégrer dans la réflexion les travaux d’Elinor OSTROM et de Yann MOULIER-BOUTANG.
    2/ Mais aussi la notion de puissance des réseaux et le comment cela marche (c’est mon aspect néo-positiviste).
    3/ des représentation mathématiques : théorie de graphes, théorie du chaos et mathématiques fractales.

  2. Préciser sans doute davantage ce qui fait dans une société de flux numériques a-centrés le vocabulaire : local, territoire, proximité, limites, développement, métrique territoriale… Parler de politique numérique local… est-ce bien le sujet ?
    Penser davantage échelles et composantes de territoires numériques instables voir fugaces… L’agilité apprenante n’est pas tout, elle interfère avec l’employabilité (aptitude à) numérique des habitants… et tous ne sont pas égaux… C’est là que se trouvent, comme dans toutes les époques, les fondamentaux du développement des territoires comme des nouvelles cités numériques.

    Autour de l’intelligence territoriale collective, suggestion : « Pour une critique de l’intelligence collective de Philippe Quéau » http://queau.eu/?p=904 … sans oublier les fortes disparités dans la capacité conversationnelle des individus : « Vers un management de la conversation… Clic ou Déclic à la Tribune ? » http://www.wirkers.info/Vers-un-management-de-la-conversation-Clic-ou-Declic-a-la-Tribune.html

    « Cultiver le lien plus que le lieu » certes, mais à voir en référence à : « Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu » – Non-Lieux, Introduction à une anthropologie de la surmodernité par Marc Augé, Ed. Le Seuil 1992.
    Ce repère « Lien / Lieu » devant aussi être apprécié sur quatre points : Ce qui fait la valeur d’un territoire numérique – L’enjeu de la commercialisation des territoires numériques ou non – L’univers des mobilités dans un univers a-centré – Les capacités entrepreneuriales des habitants.

    Sur ce sujet des territoires numériques, « Le Guide des Cités Obscures » de Schuiten et Peters reste d’une étonnante actualité. Pas ailleurs, je ne vois pas où se situe dans le corps de l’article ce qui concerne l’incidence spécifique du Très Haut Débit ?

  3. Nous avons été nombreux à croire que le net permettrait une proximité thématique très « efficace » en matière de créativité, d’avancée des idées ou de stratégie commune : ce fut un faux espoir. Parce que le relation internet est non seulement faible, mais encore totalement asymètrique.

    Une des impasses les plus incroyables que nous voyons se déployer par la réflexion techniques numériques/intelligence porte sur la croyance en la possibilité de créer des applications « à intelligence intégrée ». Pourquoi pas ? Ce me paraît possible mais à partir de préconceptions qui sont fausses : (1) nous pouvons codifier « l’orage » (appelons comme cela) de la rencontre entre une intelligence haut de gamme et des connaissances (créer un algorithme puissant) ; (2) avec comme corolaire, que ceux qui sont dotés d’intelligence de bas d’échelle demeurent à tout jamais incapables de créer de la valeur.

    Le processus heuristique de valorisation par l’intelligence de connaissances est des milliers de fois moins coûteux et des milliers de fois plus efficace, quel que soit le niveau d’intelligence (individuelle ou collective).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s