Aménagement numérique des zones rurales et de montagnes. La fin du Wimax et l’avènement du 4G fixe (en attendant mieux) ?

vue-generale-aerien-2En février 2016, l’Avicca affirmait à juste titre « la 4G peut ponctuellement remplacer une liaison fixe. Mais un opérateur français est-il prêt à déployer et généraliser une solution technique et commerciale pérenne, en particulier dans les zones rurales et de montagne ? » Un an après, les projets se multiplient : box 4G mobile de Bouygues-Telecom, projet Bourgogne-Franche-Comté annoncé pour l’été 2017 et lancement de l’opération 4G fixe dans le département de Haute-Garonne dés février 2017. Est-ce enfin le vrai lancement d’une solution qui permettrait de mieux supporter les retards du déploiement des réseaux fibre optique ? Emerick Clatot, qui pilote opération haute-garonnaise pour Altitude Infrastructure, a accepté de nous donner quelques explications.

Le projet LTE de la Haute-Garonne

Afin de desservir le plus vite possible tous les usagers de son territoire, la Haute-Garonne a confié en 2007 au groupement Altitude Infrastructure – Alsatis l’exploitation du Réseau d’Initiative Publique radio du département. Cette mission a récemment été complétée pour réaliser une montée en débit du réseau radio actuel et pour l’étendre à de nouvelles zones. C’est dans ce cadre que la technologie « LTE » (Long Term Evolution), ou « 4G fixe », a été tout d’abord expérimentée, en avril 2016, puis déployée à partir de février 2017.

D’ici 2018, ce nouveau volet du RIP radio de la Haute-Garonne va notamment permettre de basculer les stations de base actuelles, Wimax (3,5 Ghz) et Wifi (5,4 Ghz), sur la technologie 4G fixe et d’en créer 46 nouvelles. À terme, ce réseau concernera ainsi environ 37.000 prises éligibles dont le débit est actuellement inférieur à 4Mb/s (descendant). A ce jour, 1400 abonnés utilisent le réseau radio départemental.

La technologie 4G fixe

La solution déployée en Haute-Garonne utilise la bande des 3,5 Ghz, « plus pénétrant et moins sensible aux perturbations de type radar que le sur-fréquenté 5,4 Ghz » selon Emerick Clatot. Ce réseau de quatrième génération n’utilise donc pas les mêmes fréquences que celles des licences 4G mobile acquises par les grands opérateurs (700 ou 800 Mhz par exemple) ou que l’offre box 4G de Bouygues, elle aussi fondée sur sa licence 4G mobile.

A terme, en Haute-Garonne, entre 90 et 100 stations de base 4G fixe seront construites. Elles permettront aux usagers de ces stations, dans un rayon de 10 km, de disposer de 30 Mbps descendant (contre moins de 4 en Wimax) et de 5 Mbps remontant. Les développements engagés permettent également de gérer plus efficacement les partages de débits entre usagers. Ce ne sera donc pas comme pour le Wifi où « premier arrivé, premier servi » constate Emerick Clatot.

oslosdefinition2Les expérimentations réalisées montrent également que cette bande de fréquence 3,5 Ghz est un peu moins sensible aux obstacles. Sur de courtes distances, une dizaine de km dans le cas de la Haute-Garonne, le réseau couvre les cas LOS et nLOS illustrés dans la figure ci-contre.

Le réseau de stations de base 4G fixe est alimenté par un backbone 100% hertzien depuis un POP du Conseil Départemental situé dans le centre de Toulouse qui dispose donc, bien sûr, d’un lien fibre optique.

Aucun surcoût pour les clients

Pour les clients, le passage Wimax ou Wifi vers 4G fixe exige de changer l’ensemble de l’installation (antenne, CPE). Dans le cas de la Haute-Garonne toutefois, le département a décidé de prendre en charge ces frais si le client s’engage sur un abonnement pour 12 mois.

Les abonnements sont commercialisés par les fournisseurs de services spécialisés dans ce type d’offre comme Ozone, Alsatis et, prochainement, Nordnet. Ces derniers proposent chacun leur box. Leurs tarifs oscillent autour de 30 euros par mois pour un abonnement internet et téléphonie. Des options Vidéo à la Demande existent. Les services TV multicast ne sont pas en revanche supportés.

Un chantier de 7 millions d’euros pour une mise en service complète dès le début 2018

Le budget de ce projet avoisine, selon le Conseil Départemental de Haute-Garonne, les 7 millions d’euros. La migration ou la construction de l’ensemble des stations de base est programmée pour 2017 avec une mise en service complète dès le premier trimestre 2018. Ce projet 4G fixe s’intègre dans le mix technologique retenu par le Schéma Départemental d’Aménagement Numérique de la Haute-Garonne qui prévoit de couvrir l’ensemble du territoire en très haut-débit, soit 500 communes et plus de 500.000 habitants, pour un investissement de 500 M€.

La 4G fixe annonce-t-elle ainsi la fin progressive des projets Wimax et Wifi longtemps utilisés dans les projets d’aménagement numérique des territoires les moins denses ? On peut raisonnablement le penser ; c’est en tout cas aussi cela qui se joue en Haute-Garonne.

4 commentaires sur « Aménagement numérique des zones rurales et de montagnes. La fin du Wimax et l’avènement du 4G fixe (en attendant mieux) ? »

  1. D’accord que WIMAX est dépassé par les progrès de la WIFI à longue portée.

    Si nous cherchons le pognon, il a quelques remarques à faire :
    1/ La 4G fixe est une manière de préserver le monopole d’extraction abusive de Valeur Ajoutée du net au bénéfice des industriel du net.
    2/ Le coût prévisionnel du SDAN est supérieur à la prise à celui du fibrage des sous-répartiteurs : 500 millions pour 500 mille habitants : 50% des habitants de la Haute-Garonne. Doit falloir diviser par 2,2 afin d’obtenir le nombre de prises potentielles.
    3/ Le coût à la prise 4G fixe s’établirait à 190 € la prise ; donc quelque chose de nettement moins coûteux que les prévisions du SDAN
    4/ A priori, cela coûterait moins cher à la Haute-Garonne de subventionner la montée en débit des sous-répartiteurs à marche forcée avec une convention qui sanctionnerait lourdement FT des défauts d’entretien.
    5/ Manque l’analyse comptable des financements ; il semblerait que le système garantisse la marge sur prix de gros aux gestionnaires du réseau. Affaire très intéressante : un retour sur investissement de l’ordre de 8 mois ; d’autant beau résultat que ce n’est pas le fournisseur d’accès qui investit.
    Le type qui a réussi à faire adopter le principe de la concurrence libre et non faussée est vraiment un génie de l’économie ultralibérale : merci GISCARD.

  2. Êtes-vous prêt de mettre au point ensemble un compromis entre l’État et le monde rural en deux pages, genre compromis de Conseil National de la Résistance, sur l’économie de la connaissance ?
    En vue des présidentielles. j’ai en travers de la gorge la manière dont Fleur PELERIN nous a promené en 2012

  3. Un article d’Hervé MARTIN sur le Canard Enchaîné : « Mobiles : les opérateurs se gavent », jette une lumière financière cru sur le post de Jean-Pierre : l’heure du monde rural sonnerait-elle enfin ?

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