La banque, le numérique et le territoire.

Jean PHILIPPE-41Jean PHILIPPE, le directeur général du Crédit Agricole Pyrénées Gascogne, est à bien des égards un banquier atypique. Atypique, tout d’abord, parce qu’il fait partie de ceux qui poussent les banques, et la sienne avant tout, à innover. Atypique, ensuite, car il anime, d’ailleurs de longue date, un blog dans lequel il n’hésite pas à prendre des positions que l’on pourrait croire en rupture avec les coutumes banquières. Atypique enfin car il lance des projets dans lesquels le Crédit Agricole Pyrénées Gascogne explore des solutions concrètes, comme les tookets, qui font converger entrepreneuriat, démarches coopératives et solidarités territoriales.

Prenons tout d’abord le risque de nous projeter dans l’avenir. Comment pensez-vous que les relations entre banque et territoires pourraient évoluer à court ou moyen terme ?

La banque doit répondre à des attentes très fortes de la société. Ces attentes ne concernent d’ailleurs pas seulement les banques mais tous ceux qui ont capacité à influencer le cours des choses et que chaque entreprise doit prendre en compte. Pour nous, banque coopérative, il s’agit d’apporter les services de banque et d’assurance partout, pour tous, au meilleur rapport qualité-prix. Il s’agit aussi de remplir cette mission avec le souci de lisibilité, de traçabilité, de pédagogie. Il s’agit enfin de consolider les impacts locaux de nos actions, par exemple en soutenant les innovations, les coopérations, la créativité et des modes de fonctionnement nouveaux. Nous devons donc agir en bon professionnel en aidant nos clients à prendre en mains leur destin tout en impulsant des projets nouveaux sur nos territoires.

Dans ce cadre, quelles seraient pour vous les nouvelles fonctions ou les nouveaux métiers d’une banque comme le Crédit Agricole Pyrénées Gascogne ?

Pyrénées Gascogne s’est engagé depuis plusieurs années dans deux voies. La première, au cœur de métier, consiste à inventer de nouvelles expressions coopératives. Je pense notamment à la Carte sociétaire, au Livret sociétaire ou à l’Epargne Ecoresponsable, qui ont toutes une utilité pour le territoire, ses entreprises, ses associations, son tissu social. Nous sommes la première banque en France à prendre le parti radical de soutenir une économie nouvelle, plus solidaire, plus locale et plus écoresponsable. Il y a aussi les dispositifs d’écoute et de participation des clients qui vont bien plus loin que les seules réunions de Caisses locales. Ce souci d’utilité au territoire et de fonctionnement participatif est présent chez tous nos collaborateurs et dans tous nos métiers.

La seconde voie qui organise notre stratégie consiste à déployer des métiers nouveaux, utiles à la fois à nos territoires et à nos activités bancaires. Je pense à la transaction et la gestion immobilière, au conseil en économies d’énergie et à l’investissement dans des centrales de production renouvelable, à la construction de logements accessibles et économes, à l’offre de sites marchands pour nos clients producteurs et commerçants. Nous avons également déployé l’Ecole Territoriale pour l’Innovation et la Coopération (ETICOOP) qui a déjà permis à une trentaine d’entrepreneurs de créer leur activité, et au dispositif d’appui aux associations, avec les TOOKETS et la Fondation TOOK’eur. Je veux citer aussi la Banque du Tourisme, initiative unique qui consiste à dédier à ce secteur économique très important une force d’écoute et de conseil spécialisée. Tout cela, nous l’avons construit peu à peu avec des partenaires locaux engagés et maîtrisant ces métiers.

Voilà comment nous voyons l’évolution de nos métiers. Cette démarche va prendre encore d’autres formes puisque nous travaillons en ce moment sur des projets destinés à installer de nouvelles productions d’avenir pour nos territoires ainsi qu’à faire mieux connaître et consommer les produits de nos régions, dans la droite ligne des circuits courts et de l’agriculture responsable que nous soutenons déjà vigoureusement.

Dans ce vaste chantier, quelle est la place que vous ménagez aux solutions numériques ? Pour quels services et pour quels types de bénéficiaires ?

Il n’y a pas en soi « une place » pour les solutions numériques puisque notre stratégie consiste à les intégrer en permanence dans nos différents métiers, vis-à-vis de tous nos clients, et d’en faire un usage intense et approprié à chaque occasion. Nous avons par exemple été leader en faisant évoluer nos clients vers les échanges dématérialisés et en utilisant les tablettes en agences qui sont toutes équipées de Wifi gratuit depuis déjà plus d’un an.

Il y a des domaines dans lesquels nous poussons les usages numériques en étant souvent pionniers dans le monde bancaire. Je pense aux réunions clients sur Second Life d’abord, puis en univers 3D dédié, je pense à l’expression des souhaits, des reproches ou des satisfactions de nos clients sur des sites interactifs. Je pense à la formation et l’information, à travers des sites d’aide à la décision ou des sites informatifs alimentés par les collaborateurs de la banque.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples des chantiers numériques lancés par votre banque ?

Les plus emblématiques sont sans doute TOOKAM, banque en ligne solidaire et écoresponsable, au ton décalé, humoristique, créée en 2011 et qui a été la première à utiliser le chat et les réseaux sociaux dans la relation bancaire avec ses clients. Elle a aussi été la première à utiliser les TOOKETS, monnaie solidaire, forme originale de mécénat collaboratif par laquelle les clients soutiennent les associations de leur choix. Notre métablog sous l’adresse www.parlons-en-ensemble.com présente sur le web et smartphone les informations de la banque et du territoire. On y trouve un Social-Wall, ce qui n’est pas en soi très innovant mais fait exception dans le monde bancaire, comme le site « Coup de cœur, coup de gueule » qui permet la libre expression des clients sur leur expérience avec la banque.  Enfin, nous sommes très fiers de notre jeune site, www.ouvavotreepargne.com, qui présente les offres écoresponsables avec traçabilité de l’épargne et géolocalisation des projets financés.

Le plus gros chantier ne repose toutefois pas sur ces applications mais sur l’appropriation, par tous les salariés de la banque, des outils et des usages numériques. Déjà, chaque agence de Pyrénées Gascogne dispose d’un blog. Nous voulons bien entendu aller plus loin. Notre objectif est que chacune puisse communiquer par chat ou réseaux sociaux et que chaque salarié soit un acteur multicanal pour ses relations avec ses clients. Nous lançons en ce moment plusieurs applications digitales sur smartphones qui permettront d’établir ces relations. Notre ambition est simple : permettre une relation à distance plus avancée que celle des meilleures banques en ligne en offrant, d’abord et en plus, la relation directe avec un conseiller dans une agence dont on sait qu’elle n’est jamais très loin.

Selon vous, quels sont  les chantiers numériques que vous aimeriez voir émerger les plus rapidement dans votre groupe ou sur le territoire de Pyrénées Gascogne ?

Trois sont je crois à privilégier : la dématérialisation de tous les échanges, source de confort et d’économies ; la traçabilité des opérations, facteur de confiance et de bonne information ; la collaboration clients – banque, domaine dans lequel il y a énormément de choses à inventer encore. Nous savons que le crowdfunding qui entre peu à peu dans le paysage va encourager dans la banque les transactions de personne à personne qui se développent dans d’autres domaines. Il y a là matière à apporter bientôt des solutions sécurisées pour nos clients, et utiles aux projets de nos territoires…

Pour participer aux ateliers http://www.proximitesaugmentees.com/

2 commentaires sur « La banque, le numérique et le territoire. »

  1. S’il vous plaît m’excuser d’introduire dans ce débat une intervention pas tout à fait adaptée, mais il y a opportunité et urgence :

    http://lesdialoguesstrategiques.blogspot.fr/2014/09/apres-la-revolution-numerique-ou-le.html?

    Je vous refile cette URL parce que le raisonnement de Rifkin est (presque) identique au mien par rapport à l’économie de la connaissance : (1) je n’avais pas pris conscience qu’internet permettait un coût marginal égal à zéro ; (2) par contre, le concept de productivité utilisé par Rifkin est, à mon avis, erroné. La productivité est un concept technique qui porte sur les volumes dont les économistes et les politiques se sont emparés en l’appliquant aux valeurs = absurde. Un peu comme la compétitivité est un concept commercial qui porte sur la partie irrationnelle de l’acte de consommation dont politiques et économistes se sont emparés comme d’une donnée rationnelle qui conditionnerait l’avenir de notre économie : pourquoi pas le credo des catholiques ou le Coran de l’islam ?
    Vous voyez, à peu près, de quoi nous prive les stratégies de l’État, de l’ARCEP et de FT …

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