Réseau d’Initiative Publique et Très Haut Débit : le syndrome de l’autruche ?

autruche (1)Comme le rappelle cet article de Ouest-France du 23 mai 2013, le match de l’absurde continue encore et encore. Il oppose les camps des « Opérateurs peu connus proposant en Très haut débit des services identiques à ceux disponibles en haut débit » aux équipes « DSL toujours triomphant et FAI champions ». Dernier exemple en date, le RIP de la très belle côté fleurie où « seuls 750 foyers de Coeur côte fleurie sont aujourd’hui raccordés à la fibre optique Internet à très haut débit. Les clients, qui connaissent mal les opérateurs, hésitent à s’engager » selon Ouest-France.

Il faut bien sûr prendre cet article avec beaucoup de distance. 750 abonnés pour un RIP récemment lancé, ce n’est d’abord pas si mal. Chacun sait ensuite qu’il reste difficile de convaincre les abonnés DSL de migrer. Au moment de construire le réseau très haut débit du siècle à venir, il faut donc laisser du temps au temps. Prudence donc. Et loin de moi l’idée de participer, même de loin, même indirectement, à ces tentatives de remise en question des investissements numériques publics qui agitent régulièrement la scène microcosmique des débats numériques. Au contraire.

Les impasses du système

Pourtant, encore et à nouveau, ce type d’article de presse rappelle l’une des évidences qui devraient s’imposer à l’Etat, aux collectivités délégantes comme à leurs délégataires. La loi, le marché, les normes comme les coutumes qui régissent à ce jour la construction des politiques publiques numériques ne donnent toujours pas aux Collectivités les moyens de réellement exploiter leurs investissements Très Haut Débit.

Aujourd’hui l’investissement numérique public FttH, tel qu’il se décide dans l’immense majorité des cas, relèverait même d’une quasi religion. Il s’agit en effet de croire dans la puissance d’un démiurge mystérieux auquel il faut faire offrande en soutenant financièrement la construction de réseaux tout en priant que son délégataire, que les clients FAI de son délégataire, que les clients des clients de son délégataire trouvent bonheur et prospérité dans les lumières optiques. Et pour rendre ce jeu encore plus compliqué, il faut désormais, semble-t-il, que ce soit la Collectivité « département » qui décide de jouer, pour elle et pour les autres. Comme si l’équation très haut débit publique n’était déjà pas assez difficile à résoudre.

Etrange conception quand même du partenariat public – privé non ?

Ni actionnaires, ni habilitées à exploiter ses infrastructures pour distribuer leurs propres services publics, ni même vraiment parfois réellement au courant de la réalité des boites noires économiques des délégataires, c’est un tout petit partenariat qui s’impose ainsi aux Collectivités. C’est en tout cas d’évidence une organisation aux antipodes de celles qui permettraient de retrouver dans ce pays les marges de manœuvre politiques qui font quotidiennement cruellement défaut à un système à bout de souffle et d’imagination.

Un partenaire, c’est avant tout un acteur du projet qui trouve, dans l’exploitation quotidienne de ses investissements numériques, plus de créativité, de nouvelles ressources et de nouveaux outils. Meilleur service au public, efficience de l’euro public investi, nouvelles formes de solidarités ou encore, par exemple, interactions plus fortes entre les silos de l’action publique, le champs des possibles est aussi vaste que ne restent quasiment vide les stratégies publiques en matière de maîtrise de leurs ressources numériques.

Les partenaires publics resteront-ils encore longtemps ces quasi spectateurs d’aujourd’hui ? L’avenir le dira mais une chose est sûre, il y aura encore, ici et là, de brillants discours, de formidables colloques et d’extraordinaires conférences de presse au service de subtils calculs de défense de chapelles entre mâles ou femelles dominants. Dominants ? Pas par leur capacité à impulser les énergies indispensables pour inventer le monde de demain en tout cas. Le syndrome de l’autruche.

9 commentaires sur « Réseau d’Initiative Publique et Très Haut Débit : le syndrome de l’autruche ? »

  1. « seuls 750 foyers de Coeur côte fleurie sont aujourd’hui raccordés à la fibre optique Internet à très haut débit. Les clients, qui connaissent mal les opérateurs, hésitent à s’engager » selon Ouest-France. »

    => C’est d’autant plus étonnant qu’en installant la fibre on ne retire pas le cuivre !
    Donc au pire, il est toujours possible de se re-abonner à l’ADSL….

    D’ailleurs, pour ceux qui ont vraiment besoin d’une connexion à tous moment, il reste possible de garder les 2 simultanément, histoire d’éviter les coupures en cas de coup de pelleteuse…

    Concernant le fond de l’article, moi je m’interroge.
    A mon sens, on a perdu (« on » == ceux qui ont réfléchis, discuté, débattu depuis quelques années sur ce sujet) :
    Au final, on a un cadre de déploiement où c’est Orange (surtout) et SFR (un peu, histoire de dire que « non non c’est pas un monopole » qui déploient comme ils veulent, quant ils veulent, où ils veulent, sans aucune concertation avec la population , laquelle finance tout de même les subventions.

    Tout ça pour ça ? Des milliers d’heures de colloques, de pages noircies par l’ARCEP et d’autre, des dizaines de « consultations publique » avec comptes-rendus , tout ça pour à la fin dire au duo infernal : »Faites comme vous voulez, mais attention, si 5 ans après que vous ayez vitrifié une zone, vous n’avez pas posé 1m de fibre, la puissance publique pourra peut-être commencer un projet » ?

    Que de temps de perdu depuis 2006 , pour au final refaire un réseau RTC en verre.. (encore plus centralisé : Cet article ( http://lafibre.info/orange-les-news-sur-la-fibre/reseau-orange/msg76970/#msg76970 ) montre que orange est très content de placer 100.000 clients *par baie 42U* … A mon sens, c’est la négation complète du principe même de maillage d’Internet…)

    Bref, on a perdu, il faudra trouver autre chose. Dans 25 ans , quand (si) la fibre arrivera chez moi, ce sera comme l’ADSL aujourd’hui: Un gros datacenter centralisé, tenu par Orange, et quelques MNVO dessus si il en reste, qui de toute façon louerons ma fibre activée à Orange (se faire financer par des concurrents c’est toujours un bon business model…). \o/ .

  2. Nous n’avons pas perdu : nous avons participé à un « faux débat » vérolé jusqu’à l’os. Il est normal que dans le dîner de cons ce soit les cons qui gagnent. J’ai entendu Louis POUZIN à la radio dire qu’internet parvenait aujourd’hui à une impasse ; l’issue peut être retardée en fibrant les sous-répartiteurs. La manière la plus simple de sortir de l’impasse est de connecter « par l’extérieur » les sous-boucles voisines (le plus économique, c’est par FO) ; cela donnerait du temps pour former un réseau qui puisse utiliser au moins 1 ou 2% du potentiel de l’économie de la connaissance.

  3. Pour rentrer dans le raisonnement de Jean-Pierre, il est normal qu’un système où le président de la République est magistrat de la Cour des Comptes, la ministre chargée de l’économie numérique magistrate à la Cour des Comptes, le président de l’autorité indépendante chargé de veiller au respect du principe, inepte en la matière, de la « concurrence libre et non faussée  » magistrat au Conseil d’État, etc … soit foireux. Cela eut été pareil s’ils étaient tous sortis de la même école maternelle. En plus nous bénéficions d’une classe politique caractérisée par une ignorance crasse en tout ce qui est un tantinet technique, voire logique (je généralise), prête à adorer les croyances dures comme fer de la doxa néolibérale tétée à l’ENA par notre élite « Républicaine » (abus de langage). Que nous nous soyons laissé imposer sans réaction le principe absurde des SDTAN en dit plus que long sur la qualité et la pertinence du débat public : personne n’a jamais vu un singe conduire un cheval !!!!

  4. Obinou lorsque tu dis « Bref, on a perdu, il faudra trouver autre chose. Dans 25 ans , quand (si) la fibre arrivera chez moi, ce sera comme l’ADSL aujourd’hui: Un gros datacenter centralisé, tenu par Orange, et quelques MNVO dessus si il en reste, qui de toute façon louerons ma fibre activée à Orange (se faire financer par des concurrents c’est toujours un bon business model…). » j’ai peur que tu es raison. Mais cette bataille perdue n’est que temporaire j’espère. « On » va finir par comprendre que l’un des plus gros pbs actuels réside dans la lente disparition des outils de régulation. « Le » politique veut, parfois, agir mais ne se donne ni les moyens, ni le courage pour le faire. Les opérateurs neutres délégataires veulent incontestablement stimuler la concurrence mais dépendent tours de FAI niveau 3 souvent faibles. Les FAI niveau 3 survivent dans une stratégie de « copier coller » des 4 champions, sans leurs moyens. C’est un jeu où la création de valeur ajoutée, d’innovations et d’emplois « français » se réduisent au BTP. Ce qui est déjà bien mais ô combien loin du projet.

    Désormais, il faut miser sur les Collectivités ou les organisations qui vont prendre la décision d’opérer directement leurs services publics à partir de leurs infra THD. C’est non seulement possible, techniquement et juridiquement, mais surtout c’est rentable, en matière par exemple de gestion des dépenses télécoms et Voix des collectivités, et cela simplifiera la vie de toutes les Collectivités. En outre, cela ouvre ENFIN le jeu des interactions numériques et physiques locales. Nous le démontrerons assez vite je crois. On y travaille en tout cas. Rendez-vous fin 2013, début 2014.

  5. C’est vrai que nous aurions dû démontrer plus vite et plus groupé les limites de ces SDTAN. Maintenant je me demande si le jeu n’est pas triplement plus compliqué. Des Sdtan départementaux, des Sdtan toujours BTP et des Sdtan encore inspiré d’un principe dans lequel de fait « on » laisse la couche service aux seuls FAI « du marché ». On verra bien si cela sera à la mesure des enjeux sociaux, économiques, emplois (…) et construction de nouveaux moyens d’actions publiques qu’il va falloir inventer très vite.

  6. Je crains que dans le processus de soutien à l’innovation que propose Fleur PELLERIN ce ne soit celles prometteuses en cash à court terme qui en bénéficient plutôt que celles reposant sur une logique d’intérêt public destinées à diffuser à tous les ressources de l’économie de la connaissance.

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