Comment les collectivités territoriales peuvent-elles lancer maintenant une dynamique très haut débit ? En faisant enfin sortir les RIP de terre… explications

Ruralitic sera, nous l’espérons tous, l’occasion d’avancer dans les chantiers numériques. Ces universités d’été s’annoncent d’ailleurs comme particulièrement riches d’un point de vue participation. La quantité sera-t-elle toutefois synonyme de créativité ? L’an dernier, l’ambiance était largement orientée aux critiques. Cette édition 2012 sera-t-elle celle des idées et des propositions ? Il en est plus que temps. Retour donc sur quelques-unes des conclusions des travaux réalisés pour l’ouvrage « Territoires et Numérique » dont je parlerai demain lors de la conférence de presse de 18h.

La grande majorité des études comme des entretiens réalisés pour l’ouvrage « Territoires et Numérique » se rejoignent autour de la conviction selon laquelle le projet très haut débit ne réussira pas sans une forte implication des Collectivités Territoriales et de l’Etat. Nous l’avons déjà signalé dans Numericuss. L’histoire de tous les autres réseaux le confirme. Au même titre que les opérateurs privés, la puissance publique est l’une des clefs pour la réussite de ces grands programmes. Beaucoup d’ailleurs a déjà été fait, en particulier à travers les réseaux d’initiative publique. Une véritable culture de l’aménagement numérique a en effet incontestablement émergé au sein des Collectivités.

Le cas du très haut débit présente toutefois des spécificités qui font singulièrement évoluer les dimensions de ces projets. Nouveaux réseaux à déployer en complément notamment de la première génération des RIP, économies déléguées à repenser, opportunités de modernisation des services publics à saisir, solutions et emplois à inventer, investissements à mobiliser et à rentabiliser, les réseaux fibres optiques posent de nouvelles questions et s’inscrivent dans un autre horizon capitalistique et temporel. Il ne s’agit plus en effet de réagir aux dysfonctionnements des boucles cuivre mais de construire le réseau Internet du prochain siècle. La maîtrise du courant électrique a permis l’avènement de la seconde révolution industrielle. C’est la participation de notre pays à celle qui s’annonce dont il pourrait bien être désormais question.

Et dans ce domaine, tout démontre que le dynamisme du marché intérieur, français d’abord, européen ensuite, sera un facteur clé de succès ou l’une des explications du retard. Aussi, sans forcément attendre que la grande politique de dimension réellement nationale qui manque encore dans notre pays soit votée et opérationnelle, l’analyse de l’existant et les incontestables points forts dont nous disposons incitent à croire dans la possibilité d’agir rapidement, en particulier à travers d’un projet concerté entre réseaux d’initiative publique. C’est ce projet que nous espérons voir au centre des débats, notamment demain à Ruralitic 2012. C’est en tout cas ce que nous tenterons d’expliquer lors de la conférence de presse du 12 septembre à 18h.

Comment faire de l’allumage des réseaux optiques de vrais événements ?

L’enjeu du programme national très haut débit, nous le rappelons dés les premières lignes de « Territoires et Numérique », est d’abord politique. Il offre aux pouvoirs publics non seulement les moyens de consolider leurs présences partout et pour tous mais aussi d’intensifier la qualité de leurs interactions avec la société civile. Nous sommes donc plus que jamais convaincu que les termes actuels du débat, ou du non débat d’ailleurs, autour du programme national très haut débit ne pourront pas se traduire en véritable projet de société si l’on en reste aux schémas centrés sur les seules infrastructures. Tout incite à prouver que le premier des signaux à lancer par les Collectivités Territoriales  doit donc maintenant plutôt s’adresser à tous et non, comme cela reste trop souvent le cas à l’heure actuelle au seul microcosme des télécommunications et de l’Internet. Nous suggérons donc de fonder le premier acte des futurs RIP Très haut débit et d’un chantier coopératif entre territoires sur un projet commun mixant modernisation des services existants et nouvelles solutions en ligne.

Faire sortir les RIP de terre et des seuls espaces privés

Nombre de signes démontrent que ce renversement de priorités serait de nature à donner plus de poids aux décisions politiques. Les exemples et les bonnes idées abondent. Interconnexion entre réseaux numérique et réseaux d’éclairage public, déploiement de solutions THD dans les résidences universitaires ou les HLM, réseaux électriques intelligents, nous avons établi dans l’ouvrage Territoires et Numérique une première liste de projets balises. Nous travaillons maintenant sur ce thème de l’internet des objets publics, des mobiliers urbains connectés et des services associés.

Ces opérations montrent en effet de quelles manières il s’avère désormais possible de faire sortir les infrastructures publiques numériques de leurs fourreaux pour en faire quelques-uns des moyens de la réinvention de nos proximités et de nos espaces de vie. L’internet des objets publics pourrait bien être ainsi l’un des volets importants des futurs réseaux d’initiative publique très haut débit. C’est l’un des enjeux pour lequel les Collectivités Territoriales ont un rôle premier à tenir, en particulier dans les espaces publics des villes et des villages.

Renverser les rapports de force politique en investissant dans l’espace public numérique

Or aujourd’hui le très haut débit reste confiné aux seuls espaces privés. L’allumage des fibres se fait dans une stratégie quasi confidentielle privatisée par quelques opérateurs de services qui ne proposent finalement que du haut débit amélioré. Et l’on s’étonne de nos pauvres parts de marchés FttH ? Les réseaux d’initiative publique n’investissent pas ou peu les espaces publics ; ils restent invisibles dans la cité ; ils ignorent largement les champs des relations directes entre pouvoirs publics et usagers. Ils laissent les investisseurs publics en position d’acteurs dominés par des stratégies d’entreprises de services avec lesquelles leurs positions contractuelles demeurent fragiles. Aucun candélabre symbolique pour marquer l’allumage public, pas la moindre fontaine d’information sur la place du village, pas de véritables changements dans les pratiques des pouvoirs publics, peu d’innovations par-delà le strict univers des télécommunications, pas de véritables dynamiques locales, les fibres optiques s’allument et rien ne changent ?

Aujourd’hui encore, on évoque des programmes en milliards d’euros mais aucun véritable bouleversement positif associé. On annonce une révolution mais on ne propose aucun grand soir… Quelque chose ne tourne pas rond dans nos actuelles façons de faire. L’allumage d’une boucle locale fibre optique devrait être une fête inoubliable ; elle se limite encore trop souvent à une conférence de presse. N’est-il pas indispensable, pour les Collectivités Territoriales, de donner plus de visibilité à ces réseaux en augmentant leurs capacités d’actions et en transformant chaque allumage de boucles locales en autant d’événements qui transforment la vie des habitants et des entreprises au quotidien ? J’en suis plus que jamais convaincu.

Se donner de nouveaux moyens d’action partenariale

Comment les Collectivités Territoriales, peuvent-elles donc impulser l’énergie qui fait encore défaut à ce grand investissement d’avenir ? Sous quelles conditions en seraient-elles capables ? Les travaux réalisés, les témoignages, les avis d’experts sollicités pour Territoires et Numérique esquissent peut-être une piste autour de 5 leviers complémentaires.

  1. Le premier consisterait à se réunir autour d’un programme de services public très haut débit de proximité.
  2. Le second passerait par la mutualisation des parcs de prises existants via des solutions d’interconnexions des RIP et d’interopérabilité des offres. Ce domaine d’action suppose toutefois de pouvoir peser sur les standards technologiques en cours de normalisation, notamment en se mettant d’accord sur un référentiel commun. C’est en cours notamment via Joël Mau.
  3. Un troisième viserait à préfigurer, au sein des RIP, les solutions de type service universel internet très haut débit.
  4. Un quatrième aurait enfin trait à l’expérimentation. Il consisterait à enrichir les projets pilotes de déploiement lancés par le Gouvernement, orientées infrastructures, par des opérations dédiées aussi aux innovations en matière de services publics très haut débit et, éventuellement, de migration associée des prises cuivres aux solutions fibre optique.
  5. Un cinquième suppose donc le développement d’organisations collectives de projets. Je n’en vois finalement pas beaucoup dans les univers des RIP ; ni entre Collectivités Territoriales, ni entre professionnels ou industriels. La réussite du chantier THD exige pourtant d’agir en coopération pour mutualiser moyens et compétences, tant d’ailleurs entre Collectivités Territoriales qu’entre réseaux d’initiative publique ou entre acteurs publics et privés. Ce n’est pas une démarche simple mais quelque chose me dit que Etienne DUGAS, président du Goupe Marais, va en parler demain à 18h à Aurillac.

Dans l’attente de ces initiatives, décrites dans l’ouvrage que je viens de publier, je formule des vœux pour que les débats prennent désormais la mesure des urgences et du temps indispensable au chantier. Il faudra quelques décennies pour réussir. Raison de plus pour ne pas perdre une année de plus.

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