L’aménagement du Territoire et l’économie du THD en France analysés depuis l’Asie. (1)

Le 13ème symposium réseaux Data et Télécoms a démarré ce jour ces travaux à Hong-kong. 1ère demi matinée dense, parfois même intense du symposium ACOME de Hong-Kong. L’essentiel de ces premières heures presque en direct.

L’introduction du Président d’Acome, Jacques de HEERE, a clairement placé le curseur du symposium. Entre questions, décisions et hésitations, la France bégaie son programme THD. Pour cette coopérative de dimension mondiale présente sur 3 continents et employant 1350 personnes, cela représente un vrai problème. Même si le FttH reste l’un des premiers vecteurs de croissance de l’entreprise, les marchés stagnent en France. Ils ont même diminué en 2011 et début 2012. Le THD mission impossible dans notre pays ? C’est un peu aussi ce que nous nous demandions ici.

C’est d’ailleurs aussi la question au centre de l’exposé du Sénateur de l’Eure, Hervé MAUREY. On connaît ses positions courageuses dans ces domaines. Il les a encore confirmé ce jour en regrettant que l’Etat renonce toujours à assurer ses missions en matière d’aménagement numérique du territoire. Jusqu’à quand ? Que faire pour redonner une chance de réussir à notre pays ? La Proposition de Loi (PPL) Leroy Maurey a proposé les premières réformes indispensables. La discussion reste toutefois ouverte et, dans cette phase délicate, il faudra sans aucun doute pour H. Maurey que les différences associations de Collectivités Territoriales continuent à faire valoir leurs positions. Beaucoup, presque tout, reste d’ailleurs à faire en matière non seulement de péréquation mais aussi de pilotage des investissements FttX via un ticket qui pourrait associer l’Etat et les Collectivités. Le Sénateur a d’ailleurs adressé la semaine dernière un courrier au Président de la Cour des Comptes pour examiner les conditions de tarification de la boucle locale cuivre. Des marges de manœuvre existent aussi dans le budget de l’Etat, notamment en regard des 60 à 70 milliards d’euros qui sont consacrés aux routes. En conclusion, Hervé Maurey a fait remarqué que le nouveau Président Hollande a pris des engagements forts dans ces domaines : 100% de la France en THD d’ici à 2020. Comment ? Par quels moyens ? Est-ce un planning réaliste ? On attend en effet des précisions dans ces domaines pour faire vraiment des territoires et du numérique les leviers de la croissance de demain.

Stéphane CIENIEWSKI, chef du service économique du Consulat Général de France à Hong-Kong, a permis de mieux comprendre le succès économique « foudroyant » de cette partie de l’Asie. Hong-Kong a connu une croissance impressionnante. Cette région à la population très concentrée (6500 hab/km2 en moyenne avec des pointes à plus de 43000) est désormais la troisième du monde en termes de PIB par tête après le Japon et les USA. 700 entreprises françaises y sont installées dont 200 banques. Bouygues est aussi très présent. La spécificité de cette ville-état réside dans son modèle économique, particulièrement libéral et quasiment orienté 100% services, négoces et tourisme en lien surtout avec le client chinois. Quasiment plus d’industrie à Hong-Kong, pas de dette publique et 100 milliards d’euros public de réserve disponibles d’un côté mais pas de couverture sécurité sociale, pas de régulation de la concurrence, une liberté totale de recruter et de licencier, un smic à 2,8 euros de l’heure de l’autre… Un autre monde qui ne connaît pas la crise, tout au moins pour les milliardaires de la cité. La région continuera à disposer de son autonomie pendant encore 50 ans puisque deux domaines seulement sont revenus sous la compétence de Pékin : la défense et les affaires étrangères. A Hong-Kong, c’est toujours Big business, small gouvernement même si LE « client Chine » ralentit fortement depuis quelques mois.

Richard MACK, consultant CRU international Ltd, a lui aussi confirmé la place croissante de la Chine sur le marché de la fibre. Plus de 100 millions de km de fibre vont y être installés cette année. Le pays compte environ 35% de taux d’abonnement FttX avec 215 millions d’abonnés en FttB pour 650 millions d’abonnés haut débit DSL. A l’horizon 2018, la demande mondiale sur le marché FttX va donc être désormais tirée par la Chine mais aussi, dans une moindre mesure, par l’Europe de l’Ouest, le Brésil et l’Europe de l’Est. R. Mack a également rappelé les progrès réalisés dans les technologies de production de la fibre : moindre sensibilité au rayon de courbure, diminution des diamètres des câbles et des fibres elles-mêmes, solutions de pré-assemblage pour faciliter les installations, le monde de l’optique bouge. Pour la France, et d’ailleurs pour tous les pays, l’objectif d’une couverture à 100% lui paraît très difficile à atteindre dans les 10 à 15 ans. Il estime que des technologies radio seront toujours nécessaires pour raccorder les 2 à 5% des derniers abonnés les plus éloignés.

Quatrième intervention, celle de Roland MONTAGNE, directeur Telecom Business Unit de l’IDATE. Roland vient souvent en Asie et constate ainsi régulièrement le fossé qui se creuse entre l’Europe et cette région. La Corée notamment avance vers une solution en 1 Gbps, l’Indonésie progresse aussi vite, comme l’Amérique du Sud d’ailleurs. NTT au Japon déploie des solutions FttH depuis plus de 10 ans. China Télécom, Singapour ou encore, par exemple, la Malaisie accélèrent aussi, surtout en FttB. La compétition concurrentielle nourrit ses déploiements et, y compris en lien avec les interconnexions avec les réseaux 4G pour lesquels les backbone optiques sont indispensables. Mais cette économie concurrentielle ne se développe qu’en lien avec des plans nationaux ambitieux. C’est le cas notamment au Brésil, en Egypte, en Colombie.  Et nous on se demande s’il faut vraiment du très haut débit…

10 commentaires sur « L’aménagement du Territoire et l’économie du THD en France analysés depuis l’Asie. (1) »

  1. 1/ Lors de l’intervention de Gabrielle GAUTHEY, l’année passée, il me semblait qu’une alliance objective entre acteurs locaux et industriels du matériel réseau était possible en France. La parution du projet Manche numérique confirmait le potentiel d’une telle alliance. Le symposium d’ACOME montre qu’il est plus opérationnel (pour les industriels) de prendre des positions dans les pays qui, en matière d’économie numérique, ont des politiques pas du type « âne qui recule ».
    2/ Je suis loin de caractériser « courageuse » la proposition de loi Maurey-Leroy : elle me semble s’inscrire dans la logique des démarches néolibérales de transfert d’une partie non négligeable du PIB des consommateurs vers les bénéfices des entreprises privées (en l’occurrence, FT). Je suis assez surpris qu’elle ait été votée par un Sénat « à gauche ». Par contre, les deux rapports Maurey ont apporté des éléments d’analyse essentiel au dépiautage des blocages hexagonaux. Bien sûr, elle peut être considéré comme une avancée du déblocage ; mais (dans cette logique) la proposition de loi de l’Assemblée Nationale, sur le même sujet, me paraît beaucoup plus radicale et comporter des avancées beaucoup plus importantes.

  2. A propos des taux de pénétration élevés du #FTTH en Asie, ces deux remarques :

    1. Ne pas oublier que l’industrie des Télécommunications est soumise à un cycle de 20-25 ans qui a débuté… en France avec la numérisation du réseau national par l’ex DGT. Ont suivi les Etats-Unis, puis les pays à l’époque appelés « émergents » dont la Chine et l’Inde, sans oublier les pays du Golfe Arabique. Il est donc tout à fait normal que ces pays se trouvent aujourd’hui en avance sur nous sur le plan des infrastructures : tout comme nous Français avions bénéficié grâce au #Coaxial – alors technologie de pointe – d’une avance technologique certaine sur les USA, la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, le Qatar, les Emirats Arabes Unis, ont tous modernisé leurs réseaux télécoms directement grâce à la #Fibre. La concomitance de cette modernisation avec l’explosion des usages de l’Internet leur a permis de passer tout de suite ou presque au #FTTH. Alors que nous Français sommes littéralement bloqués à cause du #Cuivre et de l’ #ADSL.

    2. Ne pas oublier non plus que la plupart de ces pays ont des modes de gouvernement différents voire très différents du notre : la mise en oeuvre des plans gouvernementaux y est plus facile et plus rapide car moins de discussions ou débats… Egalement, ne pas oublier que tous ces pays étaient jusqu’il y a peu qualifiés d’émergents : la modernisation des infrastructures était donc un prérequis pour leur croissance économique. Enfin, ne pas oublier que le marché télécoms n’y est pas forcément concurrentiel au sens où nous Occidentaux l’entendons.

    Enfin, ces questions à tous les consultants et analystes présents à ce Symposium Acome :
    a. êtes-vous sûr qu’il s’agit bien de #FTTH Fiber-To-The-Home, et pas de #FTTX Fiber-To-The-Something ? Dans le premier cas, je rentre chez les gens, dans le deuxième je reste sur le trottoir ou au pied de l’immeuble. Pas du tout le même business, et encore moins les mêmes contraintes et donc les mêmes problèmes…
    b. dans le cas du #FTTH : quelles sont les solutions techniques retenues ? quels matériels et procédés ? durée moyenne d’un raccordement d’abonné depuis le pied d’immeuble ?
    c. toujours dans le cas du #FTTH : quelles sont les réglementations en vigueur : mutualisation, interopérabilité, etc ? Fibre passive ou activée ?

    Au plaisir de vous lire…

  3. Autres questions aux consultants et analystes présents à HK, et naturellement à ceux qui n’y sont pas mais qui connaissent les réponses pour les avoir eux-mêmes traitées :
    – quel mode de raccordement d’abonné #FTTH : individuel (i.e. à l’abonnement au service, comme chez nous) ou campagne (i.e. tout l’immeuble en une seule fois) ?
    – quel mode de déploiement #FTTH : Horizontal + Vertical + Racc Abonné en une fois, ou séparés comme chez nous ?
    – Y a t’il la notion de « Vertical » comme chez nous, avec la différentiation PM – PBO / PBO – PTO ?

  4. Plus de 100 millions de km de fibre en Chine ? T’es sur ,Jean Pierre ???

  5. @Pierre : si pas d’erreur dans la retranscription et/ou la formulation employée par le présentateur, alors ce chiffre est cohérent : « x km-fibre » est différent de « x km-câble » ! En effet, on parle ici de câbles optiques multi-fibres : 72, 144, 288, 720, 864-FO…
    Donc DIVISER le chiffre « 100 million » par le nombre moyen de fibres dans un câble typiquement déployé.

  6. Ben alors ? On dort à Hong-Kong, ou bien je pose des questions idiotes ?!…

  7. On ne dort pas… mais ce jour pas de symposium. On reprend demain toute la journée et lundi. Je reposte un truc ce soir mais je suis pas très sur que le symposium se caractérise par une forte dimension 2.0 ou tout au moins réponses en ligne.

  8. @JeanPierre : oui moi aussi ai déjà lu ce chiffre ailleurs. 100M-km-fibre est logique pour un pays de la dimension de la Chine.

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