Comment concilier fin de mois et respect des limites planétaires ? Verdir l’existant ne suffit pas. Pour transformer nos modes de vie, il faut aussi réinventer nos métiers. Cet article pose les bases de ces “métiers à impacts” ; il lance une série de reportages pour mettre en valeur celles et ceux qui les incarnent.
Demain, il faudra changer nos modes de vie, consommer autrement, produire autrement, nous déplacer autrement… Les preuves abondent. Mais si nous ne sommes pas capables d’inventer des activités économiques qui permettent de vivre dignement, cela sera trop conflictuel. Une transition perçue comme punitive sera socialement rejetée.
Les diagnostics abondent ; les pistes sont de plus en plus solides. Peut-être que ce qui manque encore, ce sont des preuves incarnées et, sans doute plus encore, des leviers pour élargir le monde des expérimentations vers un vrai passage à l’échelle.
C’est le projet de plus en plus d’entre nous. C’est la raison qui m’a poussé à la fois à réorienter ce blog et à créer la chaîne Transitions Actions. Mais sans doute faut-il aller plus loin. Dans les années à venir, je vais donc miser sur le quotidien de toutes celles et de tous ceux qui prouvent qu’il existe bien un gisement de solutions qui concilient fin de mois et respect des limites planétaires.
Cette série de reportages explorera donc des métiers qui ne se contentent pas de verdir l’existant, mais qui contribuent à transformer vraiment les modèles. Nous les nommerons pour le moment “métiers à impacts”.
Qu’est-ce qu’un « métier à impacts » ?
En s’inspirant notamment des travaux sur les limites planétaires, de l’économie du Donut, ou encore de modèles comptables comme celui du “triple capital”, je propose de nommer “métiers à impacts” les métiers qui cherchent à agir concrètement sur ces enjeux.
Une première définition pourrait être la suivante. Les métiers à impacts sont les emplois existants ou émergents qui contribuent significativement à maintenir ou ramener les activités humaines dans un espace sûr et juste, en agissant sur cinq finalités :
- décarboner et réduire les dépendances aux énergies fossiles ;
- régénérer les écosystèmes et les ressources du vivant ;
- préserver les ressources (eau, sols, matières) et réduire les pollutions ;
- renforcer la résilience sociétale par la relocalisation, la circularité et une plus grande souveraineté ;
- répondre à des besoins essentiels dans des conditions socialement justes.
A l’évidence, nombre de métiers dits “verts” ne répondent pas à cette définition.
L’un des enjeux des reportages à venir sera donc de présenter la réalité de ces métiers à impacts, leurs méthodes, leurs forces et leurs limites. Le but est en particulier d’interroger leurs capacités à concilier, ou pas, fins de mois et limites planétaires, et de comprendre ce qui fonctionne réellement et ce qui ne fonctionne pas encore.
Une grille pour analyser ces métiers
Économie de la fonctionnalité et de la coopération, agriculture régénérative, sylviculture multifonctionnelle, industrie bas carbone, énergies décarbonées et boucles locales, coachings et formations, voyages apprenants et reconnexions à la nature, réparation et circularité, immobilier hub de transitions… Nombre de ces sujets ont déjà été abordés dans ce blog et dans la chaîne. L’ambition est d’aller plus loin en tentant de se doter d’une grille d’analyse commune.
Pour guider les futurs reportages, chaque métier sera ainsi analysé selon cinq questions avec pour chacune une interrogation commune : comment pourrait-on faire mieux ?
- Réduit-il les émissions et la dépendance aux fossiles ?
- Contribue-t-il à restaurer le vivant ?
- Réduit-il la pression sur les ressources et les pollutions ?
- Renforce-t-il une capacité sociétale (production, réparation, autonomie) ?
- Répond-il à des besoins utiles dans des conditions socialement justes ?
Chaque reportage viendra enrichir, nuancer, voire remettre en question cette grille. Mais une chose est certaine : les solutions recherchées ne verdissent pas le système. Elles cherchent à le transformer.
Les premiers reportages à venir
Les premiers reportages à venir parleront métiers de la forêt puis rural et agriculture.
Je suis tout d’abord reparti sur les routes pour rencontrer plusieurs créateurs de groupements forestiers écologiques. Vous verrez ainsi de quelles manières en réunissant de l’actionnariat populaire et des compétences forêts, il est possible à la fois de faire évoluer les pratiques sylvicoles, vers plus de douceurs, et de créer durablement des emplois ruraux.
Je prépare ensuite plusieurs reportages agricoles dans un projet nommé « cultivateurs d’avenir » dont nous reparlerons. Son but est de montrer comment on peut faire de la décarbonation et de la prévention des risques (incendies, inondations…) des leviers de développement local et de réinvention des modèles d’assurance.
A suivre donc.

Laisser un commentaire