2014, année des investisseurs numériques avisés ?

Investisseur avisé, telle est la formule traditionnellement utilisée, par exemple par la Caisse des Dépôts et Consignation, pour désigner une démarche d’investissement d’intérêt général mise en oeuvre soit en appui à des politiques publiques, soit pour structurer un marché immature, soit encore en acceptant un horizon d’investissement plus long ou des risques plus élevés, le tout dans le respect des règles de la concurrence. Si je rappelle cette formule, à l’orée de cette année 2014, c’est parce qu’elle exprime pour moi quasi parfaitement les leviers à mobiliser pour réussir la socio-économie du très haut débit. Au moment donc où le plan très haut débit cherche encore son souffle et que le classement de la France en matière de performance débit internet se dégrade alors que, paradoxalement, le besoin de solutions modernes de services, notamment publics, augmente chaque jour davantage, 2014 sera t-elle donc enfin l’année de vraies annonces en matière d’investissements services très haut débit ? L’avenir le dira mais d’évidence des signes d’espoir existent.

Le premier de ces signes tient sans aucun doute à l’inadéquation, de plus en plus largement ressentie, entre le modèle traditionnel des concessions, au cœur des programmes infrastructures des réseaux d’initiative publique (RIP), et les enjeux en termes de très haut débit. Dans le off des rencontres, au détour des rendez-vous, dans la diversité des échanges ou encore en faisant l’exégèse des conférences à venir, je suis frappé de la force des changements. Désormais, il ne s’agit plus de réguler mais d’inventer un modèle technico-économique durable. Et pour rendre possible les investissements numériques à consentir, l’équivalent du budget d’un grand métro parisien, de plus en plus de voix s’élèvent pour suggérer de commencer aussi par les services. Les programmes de Ruraltic 2013 ou de la conférence Odebit sont à ce titre révélateurs. E-santé, télé-activités, e-administration ou encore, par exemple ville intelligente, occupent désormais le devant de la scène.

Mieux, car c’est un second signe sans doute plus encore constructeur d’avenir, nombre d’acteurs publics s’engagent désormais dans de vrais programmes de services très haut débit. Etat, Collectivités Territoriales et formes originales de partenariats publics – privés montrent l’exemple et tentent d’inventer un modèle à la mesure des enjeux. Je ne citerai ce jour que trois expérimentations, au cœur de mon été 2013, mais la liste aurait pu être bien plus longue.

Premier exemple, côté Gouvernement, le plan « École dans l’ère du numérique » est sans doute, tout au moins si les prochains arbitrages budgétaires le confirment, l’un des plus complets et des plus intéressants dans ce domaine. Il associe en effet un volet services public numérique, un soutien à la production d’outils pédagogiques en ligne, un programme de formation des formateurs et des partenariats afin de connecter les établissements aux réseaux très haut débit.

Second exemple, dans le rang des Collectivités Territoriales, la Communauté de Communes Maremne Adour Côté Sud (MACS), autour notamment des villes d’Hossegor, de Capbreton et de Tyrosse, a voté en juillet 2013 une délibération par laquelle elle décide de créer une Société Publique Locale spécialisée dans la distribution de services publics très haut débit d’intérêt public. Cette SPL non seulement raccordera en 2014 tous les établissements de ses actionnaires publics, mairies et écoles par exemple, mais leur proposera aussi un bouquet de services numériques.

Troisième expérience à suivre, la SEM Pau Pyrénées, qui a construit et qui gère Pau Cité Multimédia, expérimente depuis le mois de mai 2013 une plateforme de services réservée aux entreprises de la zone d’activité. Cette plateforme enrichit singulièrement les solutions traditionnelles de gestion de tels espaces et permet de tisser de nouvelles formes d’interactions entre entreprises, zone d’activités et territoire au profit d’une économie de proximité consolidée.

Dans leurs diversités, ces trois opérations se rejoignent autour de deux principaux points communs qui augurent, je crois, de quelques-uns des éléments constitutifs des politiques très haut débit de demain.

Ce sont tout d’abord de vrais projets d’investissement. Je veux dire par là que leurs maîtres d’ouvrage utilisent leurs investissements numériques avant tout pour mieux faire leurs métiers. Le Ministère de l’Education Nationale entend faire de son programme numérique un levier par exemple pour améliorer l’apprentissage des enseignements fondamentaux. La Communauté de Communes Maremne Adour Côté Sud s’engage dans les réseaux et les services très haut débit, via une SPL, pour maîtriser à la fois ses budgets télécoms et pour disposer de solutions Internet à la mesure de ses besoins, notamment saisonniers touristiques. La Sem Pau Pyrénées expérimente sa plateforme de services pour inventer les solutions de gestion de zones d’activités économiques augmentés dont elle a besoin. Tous font ainsi le choix d’utiliser leurs investissements numériques avant tout pour leurs besoins propres.

Ces projets illustrent ensuite de véritables partenariats publics privés fondés sur des projets partagés. Le Ministère de l’Education Nationale utilise par exemple les leviers des appels à projets pour enrichir ses plateformes de services tout en soutenant les éditeurs et les start-up du domaine dans leurs stratégies d’innovation. MACS fait de même en créant un écosystème dans lequel figurent nombre de groupes, de PME et de TPE numériques. Et c’est aussi le sens du projet de la SEM Pau Pyrénées dont la plateforme se construit au sein d’une équipe réunissant universitaires, gestionnaire et start-up.

Tous font ainsi le choix d’une logique que l’on pourrait désigner par cette formule « investisseur avisé ». Investisseurs, car ils engagent des budgets et de l’énergie pour moderniser ou pour maîtriser leurs propres activités. Avisés car ils participent bien ainsi de la structuration d’un marché immature, qui s’inscrit dans le moyen terme, et qui demandent des actions privées et publiques convergentes. 2014 sera-t-elle ainsi l’année 1 des projets d’investissements avisés en matière de services très haut débit ? Si les opérations pionnières lancées dans ces domaines réussissent, on peut l’espérer.

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