« Objectif fibre ». PY Lavallade explique comment les professionnels de l’optique préparent le réseau du futur

Pierre-Yves Lavallade est Directeur général adjoint de la Fédération Française des Telecoms. Il participe à ce titre l’initiative « Objectif fibre » qui réunit depuis 4 ans plusieurs entreprises autour de travaux de normalisation, de formation et de bonnes pratiques professionnelles. Pierre-Yves a accepté de faire un point sur ce chantier ainsi que sur quelques-autres opérations de la FFT.

Numericuss : La FFTélécoms a créé, avec la FIEEC, le SERCE et la FFIE, la plateforme « Objectif Fibre ». Pouvez-vous nous dire en quoi elle consiste et quels sont ses objectifs ?

Pierre-Yves Lavallade : Créée en 2009, Objectif Fibre est une plate-forme de travail ouverte aux acteurs concrètement impliqués dans le déploiement de la fibre optique (opérateurs, équipementiers, installateurs) et volontaires pour lever collectivement les freins à un déploiement massif. Réunissant notamment la Fédération des Industries Electriques, Electroniques et de Communication (FIEEC), la Fédération Française des entreprises de génie électrique et énergétique (FFIE), la  Fédération Française des Télécoms (FFTélécoms) et le Syndicat des entreprises de génie électrique et climatique (SERCE), Objectif Fibre œuvre depuis quatre ans autour d’enjeux majeurs tels que la normalisation, la formation ou encore les bonnes pratiques professionnelles. Initiative interprofessionnelle, Objectif Fibre atteste ainsi de la capacité de mobilisation de toute une filière afin de permettre le déploiement massif et industrialisé de la fibre optique.

Objectif Fibre vient de publier un guide pratique de référence pour le câblage optique des immeubles neufs. Pouvez-vous nous présenter cette initiative ?

Pierre-Yves Lavallade : Fruit d’un long travail de concertation avec l’ARCEP et le CETE de l’Ouest, Objectif Fibre vient en effet de publier un guide pratique définissant l’ensemble des règles de déploiement d’un réseau en fibre optique dans les immeubles neufs. Ce guide va de la prise du logement jusqu’au point de raccordement de chaque immeuble. Il s’adresse prioritairement aux acteurs de l’immobilier et aux installateurs. Il vise à garantir la qualité, la pérennité, l’homogénéité et la conformité des infrastructures optiques déployées dans les immeubles neufs en tout point du territoire national. Sur le plan de l’activité et de l’emploi, ce guide apporte aussi une visibilité technique à des milliers d’entreprises locales qui vont ainsi pouvoir se positionner sur de nouveaux marchés à forte valeur ajoutée.

Les partenaires industriels d’Objectif Fibre vont maintenant poursuivre leurs travaux en s’attachant notamment à définir des références similaires sur les zones pavillonnaires et les zones tertiaires afin que toutes les spécificités territoriales soient traitées.

Objectif Fibre a également initié des actions sur le plan de la formation?

Pierre-Yves Lavallade : L’effort de formation à consentir est considérable. Il faut en effet former entre 10000 et 15000 personnes sur de nouveaux métiers liés au déploiement de la fibre optique. Outre la formation de la main d’œuvre existante chez les installateurs, ces domaines représentent également une formidable opportunité professionnelle tant au niveau des jeunes diplômés, de l’insertion des jeunes sans diplôme que des demandeurs d’emplois qui trouveront ainsi de possibles débouchés sur de nouveaux métiers. C’est la raison pour laquelle Objectif Fibre a fait de la formation l’un de ses thèmes de travail prioritaires.

Animés par des experts de la formation, les travaux d’Objectif Fibre ont déjà permis de franchir de nombreuses étapes. Objectif Fibre a ainsi défini, en lien avec le Ministère de l’Education Nationale, des éléments de compétence « fibre optique » à intégrer dans les diplômes techniques de formation initiale de type Bac Pro ou BTS. Ces compétences « fibre » figurent dans les programmes scolaires de cette année.

Sur l’initiative du SERCE, un certificat de qualification professionnelle de monteur / raccordeur FTTH a été également validé par la Commission Paritaire Nationale de l’Emploi du 06 novembre dernier ; il devrait pouvoir être opérationnel dès le premier semestre 2013. Par ailleurs, Objectif Fibre vient de lancer une démarche de référencement auprès de quatre premiers centres de formation. Notre objectif est bien de travailler à la structuration d’une offre globale de formation pour toutes les étapes de la vie professionnelle.

De manière plus large, quelles sont selon vous les décisions et les initiatives qui seraient susceptibles d’accélérer le déploiement du Très Haut Débit dans notre pays ?

Pierre-Yves Lavallade : Au-delà de l’aspect financier sur lequel tout le monde se focalise, il est également indispensable de conduire des travaux susceptibles de garantir l’homogénéité des réseaux FTTH. C’est le sens bien entendu de la plateforme Objectif Fibre que je viens d’évoquer.

L’interopérabilité constitue également l’un des facteurs clés du bon fonctionnement et de l’évolution de ces réseaux du futur. C’est pourquoi les opérateurs ont engagé des actions d’harmonisation de leurs processus de gestion et systèmes d’information. Philippe Béguin (Orange) et David El Fassy (Altitude Infrastructure) ont eu l’occasion de vous décrire les travaux du Groupe Interop’ Fibre. Ces étapes peuvent sembler techniques ; elles constituent toutefois des étapes indispensables pour réussir collectivement le défi du Très Haut Débit en France. C’est tout l’enjeu de la standardisation.

Quels sont les prochains chantiers prioritaires de la Fédération Française des Télécoms ?

Pierre-Yves Lavallade : Nous venons d’actualiser notre étude économique et celle-ci résume bien les enjeux auxquels nous avons à faire face. Avec 7 milliards d’€uros d’investissements chaque année, elle confirme en particulier la place prépondérante des opérateurs dans l’écosystème numérique de communication. Cependant, la forte pression à laquelle ils sont soumis, sous l’effet conjugué d’une sur-réglementation, d’une fiscalité spécifique de 1,2 milliard d’euros par an et d’une concurrence exacerbée, pèse lourdement sur leur rentabilité (-23% prévus entre 2008 et 2014). Cela menace sérieusement leurs capacités d’investissement.

Face à des géants mondiaux de l’internet qui captent l’essentiel de la valeur créée en utilisant les infrastructures des opérateurs, sans contraintes fiscales et réglementaires, il est indispensable que des mesures soient rapidement prises afin de préserver la compétitivité d’un secteur qui peut générer plus de 1 point de PIB supplémentaire en France par ses seuls investissements. Avec plus de 300 000 emplois, je rappelle que les télécoms représentent un secteur stratégique pour toute l’économie française. Les opérateurs constituent d’ailleurs les principaux moteurs de l’écosystème numérique en France. Ils ont injecté à eux seuls plus de 200 milliards d’euros dans l’économie entre 2006 et 2011 pour l’ensemble de leurs dépenses. Si nous voulons préserver ces capacités d’investissements, il est indispensable de desserrer l’étau fiscal et réglementaire dans lequel ceux-ci ont été progressivement placés !

La Mission Colin & Collin sur la fiscalité numérique, la mission Lescure sur l’acte 2 de l’exception culturelle, ou plus récemment le lancement de la mission nationale sur le Très Haut Débit sont autant d’étapes pour libérer les potentialités offertes par le secteur des télécoms, en consacrant ses moyens aux véritables priorités nationales. Dans cet esprit, nous nous inscrivons pleinement dans la volonté de concertation affichée par les pouvoirs publics, seule démarche possible pour développer un écosystème numérique de communication où chaque acteur trouve une place en cohérence et en complémentarité avec les autres acteurs de la chaîne de valeur.

De manière plus personnelle, après avoir travaillé dans une filiale d’un groupe du BTP spécialisée dans les Réseaux d’Initiative Publique (RIP), vous avez récemment pris des fonctions importantes au sein de la FFTélécoms. Que retenez-vous de vos premiers mois d’exercice ?

Pierre-Yves Lavallade : Au-delà des seules questions de couverture numérique des territoires, tant sur le fixe que le mobile, la Fédération Française des Télécoms adresse un nombre considérable de thématiques comme les sujets de consommation, de fiscalité, de sécurité ou de contenus. Beaucoup de ces sujets ne m’étaient pas forcément familiers. Ils permettent de mesurer que la pression réglementaire et fiscale sur les opérateurs est forte.

Par ailleurs et à titre personnel, j’ai toujours eu la conviction que nous ne réussirions pas relever les défis de l’aménagement numérique en opposant les opérateurs aux collectivités territoriales. Il faut faire dialoguer les acteurs entre eux car l’ampleur du chantier nécessite plus que jamais une totale convergence des efforts d’investissements. Je me réjouis de voir que la Fédération s’attelle à ce défi, tant par les plateformes que nous animons que par les échanges que nous pouvons avoir avec l’ensemble de la sphère institutionnelle.

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