L’ouvrage « Territoires et Numérique, les clés d’une nouvelle croissance »

L’ouvrage Territoires et numérique a été publié en Août 2012. Il rappelle l’importance des enjeux et la force de nos atouts pour non seulement prendre une véritable place dans l’industrie mondiale du très haut débit mais aussi pour inventer, à travers ces réseaux numériques de nouvelle génération, une politique de services publics et un aménagement des territoires enfin à la mesure des attente de toutes les populations. Ces réseaux numériques de nouvelle génération représentent en effet l’une des opportunités actuellement les plus fortes pour augmenter les ressources et les capacités d’actions de tous dans nos espaces de vie et de travail quotidiens ?Il reste toutefois à véritablement lancer ce grand programme pour parvenir, en quelques décennies, à doter l’ensemble du pays de ces infrastructures vitales.

Qui peut piloter ce programme d’investissement d’intérêt général ? L’Etat et les Collectivités Territoriales peuvent-elles être ces pilotes ? Comment associer, dans le respect des cadres communautaires européens, les compétences et les intérêts des opérateurs privés aux exigences d’égalité d’accès aux services d’intérêt publics en ligne ? Ne faut-il d’ailleurs pas rapidement élargir les débats par-delà les seuls aspects technico-juridiques actuellement dominants pour converger sur un grand projet qui, d’évidence, dépasse de beaucoup les seuls aspects télécoms ? Solution de gestion de réseaux d’électricité ou d’eau intelligents, proximités augmentées, mobiliers urbains à valeur ajoutée, e-santé, réduction des émissions de gaz à effets de serre, nouvelles formes de solidarités et de services, soutien aux économies locales, outils de mise en valeur et de protection patrimoniales (…) autant de sujets pour lesquels ces réseaux très haut débit s’imposent comme des leviers à forts effets d’entrainement encore sous-exploités.

Pour apporter quelques réponses à ces vastes interrogations, le livre recense une première série de leviers. Il montre en particulier de quelles manières les réseaux d’initiative publique peuvent élargir leurs champs d’action en jouant la carte de la coopération autour de projets de services partagés. Il suggère également d’enrichir les possibilités d’actions des acteurs publics et privés via trois leviers complémentaires : la loi, la production d’organisations publiques mutualisées et la stimulation de l’offre de services. La loi car le dispositif national actuel en matière d’aménagement numérique actuel non seulement ne suffit pas mais présente en outre de graves faiblesses. La production d’organisations publiques mutualisées car les temps où chaque administration ou chaque territoire pouvaient agir seul est sans le moindre doute dépassé. La stimulation de l’offre de services puisque, d’une part, les modèles économiques du très haut débit resteront durablement fragiles sans migration rapide du cuivre vers l’optique, et puisque, d’autre part, ce programme très haut débit s’affirme aussi comme un indispensable outil de modernisation des services publics et d’économies associées.

Certains qualifieront la piste proposée de néo colbertiste et y trouveraient une forte proximité avec les propositions, en matière de politique industrielle, par exemple de JL Beffa (2012). Ils auraient en grande partie raison. D’autres pourraient y voir des accents de type keynésiens et une nouvelle proposition de plan de relance économique fondé notamment sur des grands travaux et de fortes dépenses publiques. Je crois que cela n’est pas vrai. L’esquisse élaborée se fonde effectivement sur la définition et le lancement de programmes impulsés par les Collectivités Territoriales et par l’Etat. En ce sens l’inspiration colbertiste de nos propositions est incontestable. Ces grands projets d’infrastructures numériques et de services associés constituent toutefois de véritables investissements. Redevances, locations d’infrastructures ou encore par exemple biens de retour, comme tout investissement, ils  généreront des recettes directes durables. Compte tenu de la durée de vie d’un réseau optique, ces recettes confirment la possibilité pour les Collectivités de jouer ce rôle d’investisseur avisé ou d’investisseur d’intérêt général qui s’avère indispensable à l’aménagement numérique de tous les territoires. Par-delà ces recettes directes, les effets d’entrainement de ces réseaux, en matière par exemple d’organisation des services publics ou de soutien aux initiatives privés, se traduisent d’ailleurs aussi par nombre de bénéfices indirects.

La piste esquissée se révèle toutefois exigeante et réclame des changements considérables dans les habitudes de travail des pouvoirs publics. Elle demande de s’inscrire dans la durée qui sied à ce type de projet, notamment en dépassant les calendriers électoraux. Ce n’est pas facile. Elle invite également à agir en coopération et à mutualiser des moyens et des compétences, tant d’ailleurs entre Collectivités Territoriales qu’entre réseaux d’initiative publique ou entre acteurs publics et privés. Ce n’est pas non plus une démarche simple. Elle suppose enfin que les pouvoirs publics deviennent aussi, par-delà leurs rôles en matière de déploiement d’infrastructures très haut débit, de véritables opérateurs de services publics associés au sein d’un programmes coopératifs entre RIP. Là est sans doute le principal changement à opérer. C’est sans aucun doute leur intérêt comme celui des usagers.

L’essai peut être commandé sur www.jpjambes.com

10 commentaires sur « L’ouvrage « Territoires et Numérique, les clés d’une nouvelle croissance » »

  1. Très gros travail de Jean Pierre Jambes. Lecture « obligatoire » pour tenter de comprendre une problématique facile à conceptualiser mais difficile à mettre en place compte tenu de sa complexité opérationnelle, de la nécessité d' »imaginer » et et des énormes efforts de pédagogie à faire, selon moi, auprès de ceux qui, pour une large part, tiennent la clé de la solution, les parlementaires !

  2. Pardon de faire de l’humour facile, Pierre, mais si l’on examine le rapport de force entre les rentiers du cuivre et les parlementaires, je crains que ces derniers ne détiennent pas grand chose d’autre que le porte-clés.

    Lorsque l’on est un industriel avec 3,6 milliards d’euros de rente annuelle à défendre il n’est pas déraisonnable d’en consacrer ne serait-ce que 1/1000 en lobbying astucieux pour marquer soigneusement à la culotte chaque parlementaire.

    Je compterais plutôt sur une innovation de rupture dans l’architecture des réseaux (et des services) de nouvelle génération pour changer la donne. Seulement pour qu’elle advienne il faut que ses promoteurs osent repartir d’une page blanche.

  3. J’avoue mon accord avec Zablo… J’avoue d’ailleurs que c’est ce qui me trottait dans la tête en écrivant la partie 3 de Territoires et Numériques où j’ai tenté d’esquisser un projet de services publics « proximités augmentées ». Zablo a en tête d’autres ruptures, plus radicales ; les « miennes » restent plus modestes. Je demeure toutefois persuadé que le THD n’a pas de vrais chances si on reste au quadruple play et aux seuls écosystèmes strictement Télécom. Mais une fois que l’on a écrit cela et répété encore en encore les idées que tout le monde ou presque connait, la page reste heureusement blanche. Heureusement car au moins je sais sur quoi je vais bosser pour les années à venir… Internet des objets publics, mobiliers urbains connectés, écosystèmes sociaux THD, solutions de valorisation patrimoniales, servies loisirs et tourismes…

  4. « entre les rentiers du cuivre et les parlementaires, je crains que ces derniers ne détiennent pas grand chose d’autre que le porte-clés » ! Excellent ! T’as raison Zablo et je te rassure, je ne suis pas dupe mais je me dis qu’entre ne rien faire et essayer de faire je persiste à écrire à ces messieurs et dames . Comme disait l’autre si ça ne fait pas de bien çà ne peut pas faire de mal ! du mloins je crois car je n’écarte aucune éventualité 😉
    A mon âge je peux au moins tenter de dire ce que je pense et essayer de mettre nos élus en face de leurs contradictions: grands mots « égalitaires » et décisions « inégalitaires » ! D’ailleurs je viens de récidiver en écrivant aux 577 le mail ci-dessous :

    Madame la députée, Monsieur le député,
    L’égalité des territoires dont il est beaucoup question ces derniers temps se mesure essentiellement à l’aune de la qualité des services publics
    En écrivant sur le blog de mon association un papier intitulé « Services publics:tous égaux ! (1)  » j’ai tenté d’apporter une  » contribution » de citoyen rural sur ce sujet.
    http://websdugevaudan.wordpress.com/2012/09/10/services-publics-
    Merci de votre soutien

  5. Je lis l’intervention d’Olivier et les commentaires de JiPé et Pierre entre un départ pour Ruralitic et un retour d’une réunion avec une commune d’un certain département de l’ouest parisien… Curieux téléscopage, qui renforce la position de mon cher Zablo : au cours de cette réunion, le Maire lui-même a répété sa volonté de faire payer la DSP pour les enfouissements sur sa commune, y compris ceux des réseaux non-télécoms… Ou comment la plupart des élus méconnaissent la problématique des réseaux d’initiative publique et plus largement des réseaux télécoms, ou veulent sucer l’os jusqu’à la moëlle, allant même jusqu’à menacer l’un des opérateurs commerciaux présents dans la salle de lui couper purement et simplement son réseau (sic).
    Il est grand temps de mettre de l’ordre dans tout cela, et de prendre le sujet par le bon bout : les deux. D’un côté, le transport depuis/vers l’Internet, et de l’autre, l’accès aux services & applications depuis chez moi…

  6. Le bon côté ? Oui, il existe sous la forme d’une révolution à portée de main ! On en parle plutôt bien aujourd’hui sur OuiShare : Le Do it yourself et le P2P sont des déclarations d’indépendance vis à vis du capital, des institutions nationales et internationales, et du marché. Ce sont des appels à prendre des rôles de premier plan, impliquant une présomption de la responsabilité individuelle des acteurs de la communauté.

    C’est cette vision a priori de la responsabilité individuelle des acteurs de la communauté qui devrait constituer le socle d’une refondation complète et nécessaire de tout l’écosystème. Pas facile ? Je suis bien placé pour le savoir ! N’empêche qu’il faut proposer le cadre dans lequel cette responsabilité individuelle puisse s’exercer et ça, chers amis, tous ceux que vous avez écouté à RuraliTic n’en veulent surtout pas.

    Je reste convaincu que cela adviendra malgré eux 🙂

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