Quand électricité photovoltaïque gratuite rime avec pilotage des consommations et solutions de flexibilité.

Les métiers de l’énergie photovoltaïque évoluent à très grande vitesse. Plusieurs startups du domaine sont en effet en train de révolutionner le secteur. Le contrat que 1komma5 propose en Suède en est l’une des preuves les plus brillantes. Pour les foyers qui consomment jusqu’à 15000 kWh par an, 1komma5 garantit en effet une électricité gratuite. Ce sera sans doute aussi possible en France dans les mois ou dans les années à venir. Jean Bastin de ENSOL nous a expliqué pourquoi. Qui a dit que la transition énergétique était une punition ?

Au moment où le Gouvernement dit vouloir fortement réduire le tarif de rachat de l’électricité solaire, la révolution vers un photovoltaïque à la fois plus autoconsommé et directement associé au pilotage de nos principaux appareils électriques, s’annoncerait-elle ? Espérons que les discussions entre l’Etat et la profession parviennent à accélérer cette transition. Le sujet de Transitions Actions explique pourquoi l’exemple de 1Komma5 est à ce titre fondateur.

De l’électricité verte gratuite pour des années ? Comment est-ce possible ?

De l’électricité produite et gérée chez vous, pour des dizaines d’années, pour 0 euros ! C’est donc ce que propose 1komma 5 en Suède. Pour tenir son contrat, l’entreprise concilie :

  • une centrale photovoltaïque déployée chez vous ;
  • une solution de stockage de l’électricité produite sur des batteries installées elles-aussi dans votre lieu de résidence ;
  • et les opportunités offertes par la tarification dynamique qui contribuent aux enjeux d’équilibre du réseau électrique.

Il est utile d’expliquer ces enjeux d’équilibre et de flexibilité afin de saisir pourquoi ils fondent une partie de ces contrats.

L’essor du photovoltaïque, comme celui des autres énergies renouvelables intermittentes, pose un défi majeur aux gestionnaires de réseaux électriques (RTE en France). Ils doivent en effet assurer en temps réel l’équilibre entre l’offre et la demande en prenant en compte des productions solaires très fluctuantes (jour/nuit, météo, saisons). Les gestionnaires des réseaux électriques sont donc sous tension…

Il existe heureusement plusieurs leviers pour parvenir à équilibrer le réseau électrique. Quatre sont résumés ci-dessous.

L’interconnexion avec d’autres réseaux électriques est une première option. En reliant les réseaux entre eux, elle permet soit d’exporter l’excédent électrique vers d’autres pays ou régions, quand la production est trop forte, soit d’en importer en cas de déficit. La France est par exemple interconnectée avec l’Espagne, l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, l’Italie et le Royaume-Uni.

L’utilisation de solutions digitales et d’algorithmes pour gérer les réseaux électriques est un second levier de plus en plus utilisé pour tendre vers l’équilibre du réseau. Cela passe par un mix capteurs IoT et IA, par exemple pour disposer de plus d’autonomie énergétique locale ou encore pour anticiper et gérer ces fluctuations entre production et consommation. Le projet Nice Smart Valley est l’un des exemples européens dans ce domaine. Il étudie « le comportement du réseau de distribution électrique avec une injection massive d’énergies renouvelables, notamment photovoltaïque, et avec le déploiement à grande échelle des bornes de recharge de véhicules électriques. » explique la Mairie de Nice.

Le stockage de l’électricité est une troisième solution ; elle est exploitée par 1Komma5 dans son contrat. Une batterie stationnaire, installée chez nous, permet d’absorber notre excédent électrique, par exemple photovoltaïque à 14h, pour le restituer aux heures de pointe non seulement dans notre lieu de résidence mais aussi sur le réseau afin de contribuer à son équilibre. Via ces batteries, nos installations peuvent ainsi à la fois favoriser notre autoconsommation électrique et contribuer au bon fonctionnement du réseau électrique. Cela passe par la solution présentée ci-dessous.

L’effacement et la gestion fine de la demande constitue en effet une quatrième solution ; elle concerne chacun de nous. Elle consiste à inciter certains consommateurs à réduire leur consommation pour éviter les déséquilibres du réseau. Cela passe notamment par trois leviers.

  • L’effacement tarifaire : en échange d’une rémunération et après un appel d’offres, plusieurs grandes entreprises acceptent de réduire leur consommation aux moments de tension.
  • La tarification dynamique : elle encourage, via des tarifs bas, à consommer lorsque la disponibilité électrique est abondante et, au contraire, à réduire ces consommations, avec des prix élevés, aux moments de forte demande. En France, les offres Linky et les prix Tempo sont un exemple de ces tarifications dynamiques.
  • Le pilotage des chauffages électriques, des ballons d’eau chaude ou encore des bornes de recharge dans nos lieux de résidence ou de travail est également une solution efficace. Un ensemble de capteurs permet de gérer nos équipements les plus consommateurs pour adapter nos usages à la fois à notre production solaire et à la tension du réseau (50 hertz en France). Dans ce domaine, des opérateurs, comme Voltalis, propose d’ailleurs déjà en France de nous équiper gratuitement de thermostat connecté. En cas de déséquilibre sur le réseau électrique, cela leur donne la possibilité de réduire temporairement la consommation de vos appareils, sans impact sur votre confort. Cela suppose bien sûr de disposer d’un grand nombre de lieux partenaires afin d’obtenir un effet suffisant. Pour ces solutions dites de flexibilité diffuse, Voltalis est rémunéré par le gestionnaire du réseau (RTE en France).

On le voit, le secteur des ENR, et en particulier du photovoltaïque, se transforme à grande vitesse.

  • En Allemagne, certes avec un prix d’électricité plus chère et un prix de rachat plus bas (au moins jusqu’en Février 2025), environ 600000 systèmes de stockage stationnaire sur batterie ont été installés en 2024. Le pays dispose désormais d’environ 1,8 million d’unités de stockage pour une capacité de 1,54 GWh.
  • Il est possible en Suède de profiter du contrat 1komma5 qui propose ce qui est sans doute l’un des premiers tarifs d’électricité à coût nul au monde. Le succès est là. L’entreprise, qui n’a que trois ans de vie, emploie déjà plus de 1800 personnes pour environ 800 millions de chiffre d’affaires.
  • En France, plusieurs startups photovoltaïques sont sur ce chemin. C’est le cas par exemple de Zilo Energy ou d’ENSOL. Je remercie d’ailleurs chaleureusement Jean Bastin d’ENSOL qui nous a expliqué l’ampleur des changements en cours dans le monde des ENR.

D’installateur photovoltaïque à fournisseur d’énergie verte ! La révolution solaire arrive.

Le monde du photovoltaïque se transforme donc très rapidement. Cela semble d’ailleurs indispensable pour que cette énergie, vraiment renouvelable, prenne toute sa place dans les plans de décarbonation et de transition énergétique.

Le professionnel photovoltaïque de demain ne sera plus seulement un installateur ; il deviendra aussi un fournisseur de solutions dédiées efficacité énergétique et comportements de consommations. Il ne sera donc plus cet électricien qui passe quelques jours chez vous ; il se transforme déjà en développeur logiciel et en coach efficacité avec lequel vos relations s’établissent dans la durée. 1Komma5 dispose par exemple d’une équipe d’environ 150 développeurs qui travaillent sur les solutions de pilotage pour caler l’adéquation entre production solaire et consommations des gros appareils consommateurs. Ce nouveau type de professionnel du solaire nous aide ainsi au quotidien à piloter nos installations les plus consommatrices, parfois à les changer, et à adapter sans effort nos pratiques énergétiques à la course du soleil. Le témoignage de Ensol dans cette vidéo de Transitions Actions le montre bien.

La récompense photovoltaïque au quotidien

Ce profond changement augure-t-il de nos solutions « économies post-énergies fossiles » de demain ? Ils permettent en tout cas à une partie d’entre-nous de concilier décarbonation et récompenses, le crédo de nos explorations dans notre nouvelle chaine Transitions Actions. Quelques exemples de ces récompenses ? Produire une partie de son électricité, l’auto-consommer, réduire son budget énergie, disposer d’une solution en cas de panne réseau, électrifier ses usages de manière efficace, piloter simplement ses installations, ou encore recharger son véhicule électrique à très bas prix, le tout avec un retour sur investissements de quelques années, parfois même sans aucun investissement grâce à des solutions de type location avec option d’achat.

La possibilité d’agir sur l’équation transition et sur ses deux principales variables, sobriété et électrification

Le photovoltaïque semble donc désormais plus à même de contribuer à l’équation transition résumée dans le rapport Rte de 2021, Futurs énergétiques 2050. Cette équation s’applique à tous les scénarii de transitions énergétiques ou presque ; elle est ainsi formulée :

Transition énergétique = sobriété + électrification

La sobriété est bien la priorité. Or elle est au centre des contrats, actuels et en construction, de ces nouveaux acteurs du photovoltaïques. Ils se fondent en effet tout d’abord sur une chasse aux gaspillages électriques via notamment le pilotage des équipements les plus énergivores du foyer. L’expérience prouve que cela génère une réduction des consommations d’environ 40% !  

Sobriété encore car les solutions proposées transforment ensuite le consommateur électrique en acteur de sa propre sobriété sans perte de confort et de qualité de vie. La sobriété devient presque un jeu ; on cherche à aligner ses usages électriques au soleil ; on repère facilement les appareils peu efficaces ou nos mauvaises habitudes ; on se compare… Le témoignage de Jean Bastin, d’ENSOL, est intéressant à ce sujet.

L’électrification de nos vies par le solaire, le second levier de l’équation précédente, est, elle aussi, consubstantielle de ces contrats. Le stockage et le pilotage réduisent en effet les problèmes liés à l’intermittence. En outre, contrairement aux doutes qui concernent d’autres renouvelables, comme le bois énergie par exemple face à des capacités de séquestration des forêts qui semblent se réduire, le soleil ne pose pas lui de questions liées au stock. Disposer d’une électricité solaire durablement disponible, peu chère, produite pour une partie et stockée au plus près, constitue sans aucun doute une puissante incitation à électrifier nos usages, y compris pour nos solutions de mobilité.

Rappelons en outre que gouvernement souhaite tirer parti du nouveau règlement européen industrie « net zéro » pour imposer un quota de production européenne. Il veut encourager la fabrication de panneaux solaires en Europe et en France au détriment de l’actuelle domination chinoise sur le marché. A cette fin, à partir de l’été 2026, il réserverait aux européens l’intégralité des débouchés dans les toitures solaires entre 100 et 500 kW.

Est-ce la fin possible du photovoltaïque d’hier et le début d’une autre histoire incontestablement plus complexe mais dans lequel l’une de nos plus belles énergies renouvelables aura plus d’impacts ? Je le crois.

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