Le rachat de SOGETREL ou l’éternelle tactique du Cheval de Troie ?

sogetrel

Depuis le rachat de SFR par le groupe ALTICE, le secteur des Télécoms semble vivre davantage au rythme des opérations financières, voire spéculatives, qu’à celui des innovations technologiques. Les conséquences positives de ce grand jeu de mécano demeurent encore mystérieuses. Ce qui apparaît en revanche assez clairement, ce sont les risques, d’une part, de fragilisation du tissu de PME-TPE des filières Télécoms et, d’autre part, de non-respect des engagements liés au programme national très haut débit. C’est en tout cas ce que redoute le signataire de cet article, ZadRIP, pour Zone à Défendre RIP.

La guerre qui oppose les deux grands opérateurs intégrés, Altice et Orange, laisse en effet augurer d’un paysage « aménagement numérique des territoires » où les sous-traitants seront les laissés pour comptes. Elle semble également annoncer quelques possibles renoncements dans les zones dites AMII. Il suffit de voir le cas de Lille pour confirmer ces craintes.

La priorité des nouveaux tycons des télécoms consiste aujourd’hui à investir les grands canaux médiatiques, de la presse au cinéma. Ils recherchent également à maîtriser l’ensemble de leurs circuits de décision et d’exécution. Mais à trop vouloir étreindre, ne risque-t-on pas aussi d’étouffer son propre marché ?

La filière télécom française est riche d’une multitude d’acteurs industriels qui permettent à notre pays d’être au rendez-vous du déploiement du très haut débit. Il ne faudrait pas qu’un mouvement de concentration excessif puisse avoir pour effet, outre la perte d’emplois, de détruire de la richesse et de ralentir le déploiement du THD. Or ce risque existe aujourd’hui avec le devenir de SOGETREL.

SOGETREL, entreprise emblématique du monde des intégrateurs, doit en effet faire face à la mise sur le marché de la majorité de son capital par son principal actionnaire, le fonds EQUISTONE. Il ne faudrait pas que derrière une offre portée par un concurrent lié à un acteur majeur, nous vivions une nouvelle concentration au seul bénéfice d’un opérateur, en l’occurrence du câble, qui au travers d’une maitrise complète de sa chaîne de valeur viendrait, sans le vouloir, assécher l’offre !

La diversité reste sûrement l’une des meilleures garanties pour réussir le Plan France Très Haut Débit en tenant les budgets et les plannings. Pour la conserver, ne faut-il jouer la carte d’entreprises contrôlés par des industriels et pas seulement de financiers où seule la gestion de la dette et de la communication deviendrait le « KPI » de réussite ?

Un texte signé par ZadRIP, pour Zone à Défendre RIP.

5 commentaires sur « Le rachat de SOGETREL ou l’éternelle tactique du Cheval de Troie ? »

  1. Je manque d’informations pour comprendre tout cet article mais je retiens deux choses :
    1-si « quelques possibles renoncements dans les zones dites AMII. » sont envisageables que penser des zones rurales ?https://websdugevaudan.wordpress.com/
    2- « ne faut-il jouer la carte d’entreprises contrôlés par des industriels et pas seulement de financiers où seule la gestion de la dette et de la communication deviendrait le « KPI » de réussite » ? Dans un monde où la spéculation financière est devenue l’ »activité principale » le risque est (plus que!) réel !! http://www.les-crises.fr/deconnexion-eco-financiere/

  2. « Les sous-traitants seront les laissés pour compte.”

    Les sous-traitants sont déjà des « laissés pour compte” depuis longtemps. Depuis 2006 exactement, lorsque Free annonça son offre #FTTH à 29.90/mois, et que ses concurrents de l’époque, les France Telecom, les Neuf-Cegetel, les Bouygues Telecom, furent totalement surpris et affolés. J’avais été sollicité par un de ceux-là pour l’aider à mettre en place sa propre offre FTTH, en réponse à Free. Seule stratégie : Faire moins cher. Plus exactement, que le coût d’un raccordement d’abonné coute 25% de moins que chez Free (véridique).
    Avec les techniques employées dans ce pays pour déployer le #FTTH, à deux techniciens pour 4 heures sur site, payés au minimum au SMIC, je ne voyais pas comment faire .
    Et mon expérience de cinq années comme responsable du déploiement du plus grand réseau FTTH public en Europe, aka THD Seine, m’a conforté – malgré l’excellente qualité des installations réalisées par les équipes des sous-traitants Numericable – dans ce sentiment : En France, les installateurs sont les “dindons de la farce” initiée par Free.
    Comme je l’ai déjà dit, redit, écrit, re-écrit ici et ailleurs depuis tant d’années : La pression mise sur l’entreprise qui réalise l’installation sur le terrain est telle que toute la chaine de valeurs est vérolée. Par exemple, impossible de tester chaque fibre dans chaque logement tout simplement parce que l’installateur n’a pas les moyens financiers d’assurer ces tests. Impossible d’obtenir la documentation détaillée, pour les mêmes raisons, etc etc etc.

    « Elle semble également annoncer quelques possibles renoncements dans les zones dites AMII. »

    Le renoncement a été signé par l’ARCEP elle-même, lorsque l’Autorité a autorisé le Monofibre sur les zones moins denses. Pour une Collectivité délégante d’un RIP Très Haut Débit, l’absence d’une deuxième fibre signifie l’impossibilité de proposer des services via un opérateur “neutre”, puisqu’aussi bien l’opérateur historique s’oppose aux offres sur fibres activées.

    « La priorité des nouveaux tycons des télécoms consiste aujourd’hui à investir les grands canaux médiatiques, de la presse au cinéma. Ils recherchent également à maîtriser l’ensemble de leurs circuits de décision et d’exécution. Mais à trop vouloir étreindre, ne risque-t-on pas aussi d’étouffer son propre marché ? »

    Apple démontre chaque jour que la maîtrise totale de l’ensemble de la chaine est une bonne solution…

    « Il ne faudrait pas qu’un mouvement de concentration excessif puisse avoir pour effet, outre la perte d’emplois, de détruire de la richesse et de ralentir le déploiement du THD. Or ce risque existe aujourd’hui avec le devenir de SOGETREL. »

    Le ralentissement du déploiement du Très Haut Débit viendra plutôt de la décision de Bruxelles sur la montée en débit…

    « Il ne faudrait pas que derrière une offre portée par un concurrent lié à un acteur majeur, nous vivions une nouvelle concentration au seul bénéfice d’un opérateur, en l’occurrence du câble, qui au travers d’une maitrise complète de sa chaîne de valeur viendrait, sans le vouloir, assécher l’offre ! »

    L’intégration verticale est justement un des points forts de Numericable (“SFR” aujourd’hui). Par exemple, les solutions techniques déployées sur le terrain sont souvent discutées très en amont avec les sous-traitants de rang 1 du groupe, pour être améliorées si besoin, et surtout être en adéquation avec les besoins réels des techniciens. C’est ainsi par exemple que les déploiements sur la DSP92 sont irréprochables en terme de qualité de construction, malgré toutes les contraintes supportées par les techs…

    « La diversité reste sûrement l’une des meilleures garanties pour réussir le Plan France Très Haut Débit en tenant les budgets et les plannings. Pour la conserver, ne faut-il jouer la carte d’entreprises contrôlés par des industriels et pas seulement de financiers où seule la gestion de la dette et de la communication deviendrait le « KPI » de réussite ? »

    Je ne pense pas qu’un Jean-Pierre Sother soit un “financier”. Pour les avoir côtoyés de près ou de loin pendant cinq ans, je suis plutôt convaincu que les dirigeants de la “galaxie Numericable” sont de vrais entrepreneurs (moi, je ne suis pas un vrai entrepreneur : je ne sais pas gérer mes finances…).

  3. Au risque de me faire encore plein de copains, je vous invite à lire ce billet très clair (en anglais) de chez M2FX : http://blog.m2fx.com/the-changing-needs-of-ftth-deployment?utm_source=hs_email&utm_medium=email&utm_content=23473455&_hsenc=p2ANqtz–X6o4AZeb0cM1fRr5qMAWoV9erCVRHh3HPOomGQthsG_tEe5a0e3Fvr_ozDG3qI6mJf58ToCHlAwRTYskqI85kNc2BSQ&_hsmi=23473455
    Je n’aurais pas mieux décrit la situation. D’ailleurs, je l’ai déjà décrite un peu partout 😉

  4. Concernant Numericable : La verticalisation dérange légitimement ses concurrents. De la R&D à l’Installation/Maintenance, Numericable maitrise l’ensemble de la chaine. Y compris avec sa propre centrale d’achats pour les installateurs.
    On peut donc comprendre que d’aucuns, extérieurs à la galaxie NC et ne pouvant y entrer pour une raison ou pour une autre – les rapports humains sont très, très importants chez Numericable, et beaucoup des dirigeants ont la mémoire longue – soient énervés : Etre exclu de-facto des marchés portés par le premier acteur du Très Haut Débit en France (Mobile, Cable, Fibre) est un peu rageant, par les temps de disette qui courent…

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